Rechercher dans ce blog

jeudi, octobre 30, 2008

114- Yasmina Khadra ou la pleureuse

Yasmina Khadra voit rouge

C'est bien connu, le monde littéraire français, ou plutôt parisien, raffole des polémiques et des coups de gueule. Il vient d'être servi avec les sorties récentes de Yasmina Khadra, lequel clame à qui veut l'entendre que « toutes les institutions littéraires » se seraient liguées contre lui. Dans un entretien accordé au quotidien Le Parisien, l'écrivain algérien s'est ainsi emporté contre le fait que son dernier roman, « Ce que le jour doit à la nuit », a été exclu de toutes les sélections pour les traditionnels et très médiatisés prix d'automne (1).

L'actuel directeur du Centre culturel algérien à Paris, et aussi officier des Arts et des lettres et chevalier de la Légion d'honneur (pour ne citer que ses distinctions françaises), n'obtiendra pas le prix Goncourt, pas plus que les prix Renaudot, Médicis ou Interallié. On peut comprendre qu'une telle déconvenue lui provoque quelques urticaires, d'autant que son livre semble bien se vendre. Mais il n'est certainement pas le seul dans ce cas. A chaque rentrée littéraire, nombreux sont les auteurs, talentueux ou non, qui espèrent être distingués mais, loi du nombre oblige, très peu sont comblés. Du coup, cette foire aux vanités, car c'est bien de cela qu'il s'agit, amène toujours son lot de commentaires aigres-doux, voire de révélations à propos des arrangements et des combines entre éditeurs influents (« je vote pour ton auteur pour tel prix, tu voteras pour le mien pour tel autre »). En clair, cette distribution de lauriers, qui est souvent synonyme de ventes accrues (quand il n'a pas d'idée de cadeau de Noël, monsieur Dupont offre le dernier Goncourt à Bobonne ou à Mémé...), mérite amplement d'être critiquée et, quoi qu'on pense des romans et du style de Yasmina Khadra, on peut admettre avec indulgence qu'il soit déçu de ne pas faire partie du crû 2008.

Mais là où les choses se corsent, c'est lorsqu'on examine les arguments qu'il martèle. A l'écouter, il serait privé de prix malgré son propre itinéraire qu'il affirme être exceptionnel. « Les gens pensent que ça a été facile pour moi de devenir écrivain, a-t-il expliqué au Parisien. Ils n'ont rien vu de mon parcours. J'ai été soldat à l'âge de 9 ans. J'ai évolué dans un pays où l'on parle de livres mais jamais d'écrivains et dans une institution qui est aux antipodes de cette vocation. On devrait me saluer pour ça ! ».

Voilà une sortie égotique dont on se demande quel rapport elle présente avec les prix littéraires. Qu'ils soient ou non arrangés, ces derniers récompensent avant tout un livre, ce qui signifie que Khadra aurait pu se contenter de dire « mon livre est bon, je ne comprends pas pourquoi il n'est pas sélectionné ». A l'inverse, le voici qui insiste sur sa vie et sur le fait qu'il est devenu écrivain malgré le fait d'être passé par l'armée algérienne. Et de laisser entendre qu'il serait victime d'un racisme qui ne dit pas son nom, argument facile qui est toujours à double tranchant et qui ne peut que mettre mal à l'aise.

Le plus étonnant dans l'affaire, c'est que Khadra dit se sentir « disqualifié » par son absence sur la liste des prix. La question est simple. Pourquoi écrit-il ? Ou plus exactement, que recherche-t-il ? La reconnaissance de ses lecteurs ou les ors d'un milieu fermé où les rivalités le disputent aux jalousies ? « Celui qui se pince le nez devant moi, je lui crache dessus », dit le dicton, et ce serait l'attitude la plus logique que devrait adopter cet écrivain. Pourtant, on a l'impression qu'il désespère de plaire à ceux qui lui signifient qu'il n'est pas des leurs.

Il y a donc quelque chose de pathétique à voir Khadra se plaindre de ne pas être aimé par le milieu littéraire parisien et à l'entendre répéter que son parcours devrait lui amener admiration et considération de la part des jurés des prix. On se sent même gêné en l'écoutant égrener ce qu'il pense être des arguments imparables, à savoir le fait qu'il a été traduit aux quatre coins de la planète, qu'il a fait la guerre aux terroristes ou qu'il a reçu, ici et là, telle ou telle récompense. Complexe vis-à-vis de madame la France ? Ego surdimensionné ? Il y a sûrement des deux et l'on en sera un peu plus convaincu en relisant ses déclarations pour le moins étonnantes au quotidien montréalais La Presse (2) : « Je suis l'un des écrivains les plus célèbres au monde. Je suis plus connu que l'Algérie ! (sic). Je suis allé en Italie en visite officielle avec le président algérien: je suis passé à la télé, pas lui ! ». Sans commentaire... On pourrait gloser sans fin sur cet orgueil hypertrophié mais on peut aussi rappeler les mots d'Albert Camus, cet écrivain que Khadra affirme admirer. « Ce qu'ils n'aimaient pas en lui, c'était l'Algérien », avait écrit l'auteur de L'Etranger en parlant du petit monde germanopratin. C'est peut-être aussi le cas pour Khadra. Cela signifie que cela ne changera pas, que l'appréciation que lui porte le milieu littéraire parisien restera la même. Mieux, tout changement pourrait paraître suspect. Si dans un an ou deux, Khadra reçoit un prix littéraire, on ne manquera pas de faire le lien avec son coup de gueule passé et ses « amis » parisiens n'hésiteront pas à parler de consolation ou de compensation. Reste enfin un autre point que l'on ne peut éluder. Il est évident que nombre de personnalités influentes du tout-Paris littéraire ont des préventions à l'encontre de Khadra en raison de son passé militaire. Il est vrai aussi que des écrivains algériens ont contribué en sous-main à sa diabolisation. Et il faut bien rappeler que cette image négative a été confortée par sa nomination à la tête du Centre culturel algérien de Paris. Qu'il le veuille ou non, et quoi qu'il en dise, ce poste est synonyme d'appartenance au système algérien. Un système que Khadra défend et critique à la fois. La vérité est qu'on ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre. Face à un système qui a mis l'Algérie à genoux, un écrivain ne peut louvoyer et être « in et out » sans en payer le prix. C'est aussi cela qui vaut à cet écrivain l'ostracisme dont il semble tant souffrir et avec lequel il devra apprendre à vivre.



1- Le coup de gueule de Yasmina Khadra, Le Parisien, 20 octobre 2008.
2- Les fantômes de l'Algérie perdue, La Presse, 28 septembre 2008.

par Akram Belkaïd
Le Quotidien d'Oran, jeudi 30 octobre 2008

______________

Ci-après l'article sur l'éternel ex militaire pleurnichard

Le coup de gueule de Yasmina Khadra

JAMAIS il n’aurait pensé qu’un jour l’ennemi aurait été aussi invisible. Au moins, dit-il, quand il risquait sa peau face aux intégristes, slalomant entre les horreurs de la guerre, ramassant ses compagnons « à la petite cuiller », l’ex-officier supérieur de l’armée algérienne Mohammed Moulessehoul ne pouvait s’en prendre qu’à la logique de la guerre. Mais là, celui qui est devenu aujourd’hui Yasmina Khadra, l’auteur d’une oeuvre littéraire reconnue dans le monde entier et dont le dernier roman, « Ce que le jour doit à la nuit »*, est l’un des best-sellers de la rentrée, fulmine .

Il se sent pire que menacé de mort. « Disqualifié ! siffle-t-il entre ses dents en évoquant son absence sur les listes des prix. Toutes les institutions littéraires se sont liguées contre moi. Ça n’a pas de sens ces aberrations parisianistes ! Les gens pensent que ça a été facile pour moi de devenir écrivain. Ils n’ont rien vu de mon parcours. J’ai été soldat à l’âge de 9 ans. J’ai évolué dans un pays où l’on parle de livres mais jamais d’écrivains et dans une institution qui est aux antipodes de cette vocation. On devrait me saluer pour ça ! J’écris dans une langue qui n’est pas la mienne, avec ma singularité de Bédouin. C’est la poésie de mes ancêtres qui lui donne cette teinte que certains me reprochent. Ils ne savent pas que la langue française peut tout dire, parler d’infinitude. Ils trouvent ça ringard. Pauvre Victor Hugo ! »
« Je ne pense pas pouvoir écrire un livre meilleur que celui-là »
De fait, son nouveau roman (qui figure depuis huit semaines dans les meilleures ventes de la rentrée) aurait mérité d’apparaître sur les listes des jurys. L’auteur de « l’Attentat » y raconte, des années 1930 à aujourd’hui, la trajectoire de Jonas, fils de paysan élevé par son oncle dans les beaux quartiers d’Alger, puis habité par un amour impossible. C’est aussi le portrait d’une Algérie déchirée entre ses communautés. « Ce livre, je le porte en moi depuis 1982. Ce n’est pas seulement une histoire de l’Algérie coloniale, c’est aussi une réplique aux travaux de mon idole, Albert Camus.
Il n’a traité que de son Algérie à lui, son jouet d’enfant, de petit pied noir. Il n’est jamais allé de l’autre côté. C’est ce côté-là que j’ai raconté, celui des pieds noirs, des racistes, des gens bien, l’Algérie dans sa globalité. » Il laisse passer un temps puis : « Je ne pense pas pouvoir écrire un livre meilleur que celui-là. »
Il est midi. Un soleil baigne le bureau où l’écrivain nous accueille, à l’Institut culturel algérien. Il reçoit ici des romanciers, des peintres, qu’il essaie d’aider. « Si je peux sauver deux ou trois talents, soupire-t-il ; et surtout leur apprendre à s’aimer… C’est fou, ils se détestent tous, les uns les autres.
» Rien n’est simple. Nulle part.
La conversation court sur son pseudonyme féminin. « J’étais en opération dans les maquis intégristes et chaque soir je devais appeler ma femme pour la rassurer.
Je pensais que je n’allais pas sortir vivant de cette guerre. Un soir, elle m’a dit, tes amis français demandent ta carte d’identité . Mon éditeur voulait un nom. Elle a donné ses prénoms. »
On lui dit que ses livres prennent parfois le risque d’un trop-plein de détails. « J’aime le détail. Ils vous conduisent au plus près du problème. C’est ce dont j’ai peut-être hérité de ma vie d’enfant soldat. Nous étions enfermés dans une caserne. Une forteresse. Le dimanche matin, nous sortions dans la ville. On nous mettait en colonne. Tout le monde s’arrêtait pour nous regarder passer. C’est là que tout me sautait aux yeux. J’étais comme une éponge. »


Pierre Vavasseur, Le Parisien, 20 octobre 2008

jeudi, octobre 09, 2008

113- C'est Le Clézio !



________________
(Photo Reuters Fev 2008)

Il y a moins d'une demi-heure on a appris la bonne nouvelle. L'Académie suédoise a décerné son prestigieux prix au formidable Le Clézio. Voici ce qu'écrit Le Monde.fr il y a moins de 10 minutes:

Le Nobel de littérature décerné au Français Jean-Marie Le Clézio

LEMONDE.FR avec AFP | 09.10.08 | 13h15 • Mis à jour le 09.10.08 | 15h44

Le prix Nobel de littérature 2008 a été attribué à l'écrivain français Jean-Marie Gustave Le Clézio pour son oeuvre "de la rupture", a annoncé, jeudi 9 octobre, l'academie suédoise. L'académie a fait ce choix d'un "écrivain de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, l'explorateur d'une humanité au-delà et en-dessous de la civilisation régnante", selon les attendus de l'académie. Il recevra un chèque de 10 millions de couronnes suédoises (1,02 million d'euros), le 10 décembre à Stockholm.

En 45 ans d'écriture, Jean Marie Gustave Le Clézio, âgé de 68 ans, grand voyageur fasciné par les mondes premiers, est l'auteur d'une cinquantaine de livres, portés par une grande humanité. M. Le Clézio est né le 13 avril 1940 à Nice d'une famille bretonne (son nom signifie "les enclos" en breton) émigrée à l'île Maurice au XVIIIe siècle. Son père était un médecin de brousse anglais et sa mère, française.

Après sa licence de lettres, il a travaillé à l'université de Bristol et de Londres, consacrant un diplôme d'études supérieures à Henri Michaux. A l'âge de 23 ans, il obtient le prix Renaudot pour Le Procès-Verbal. En 1967, il fait son service militaire en Thaïlande en tant que coopérant mais est expulsé pour avoir dénoncé la prostitution enfantine. Il achève son service au Mexique. Pendant quatre ans, de 1970 à 1974, employé par l'Institut d'Amérique latine, il partage la vie d'Indiens, au Panama : une expérience qui aura beaucoup d'influence sur son oeuvre. Il enseigne ensuite à Albuquerque (Etats-Unis).

Dans une interview à la radio publique suédoise après l'attribution du prix, Jean-Marie Gustave Le Clézio s'est déclaré "très ému et très touché" par la récompense. "C'est un grand honneur pour moi", a-t-il ajouté, précisant qu'il remerciait "avec beaucoup de sincérité l'Académie Nobel". A la question de savoir s'il se considérait comme un écrivain français ou francophone, il a répondu: "Je ne crois pas que l'on puisse faire la distinction. Je suis né en France, mon père était britannique, je suis issu d'un mélange, comme beaucoup de gens en Europe".

L'écrivain était, jeudi matin, l'invité de France-inter, avant l'attribution du prix Nobel.

_____________

Et Lepoint.fr ce jour 09/10/2008 à 14:58

Le prix Nobel de littérature 2008 a été décerné jeudi à Jean-Marie Gustave Le Clézio, 68 ans, premier écrivain français à obtenir cette distinction depuis Gao Xingjian, Chinois naturalisé français, en 2000, et Claude Simon, en 1985.

Il est le 14e écrivain français à recevoir ce prix, si l'on compte le Nobel refusé par Sartre en 1964, et s'inscrit dans la prestigieuse liste qui comprend Mauriac, Camus, Gide ou Bergson.

L'académie suédoise, qui décide du nom du lauréat de ce prix doté de 10 millions de couronnes suédoises (1,4 million de dollars), a voulu récompenser un "écrivain de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, l'explorateur de l'humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante".

JMG Le Clézio, qui vient de publier ce mois-ci un nouvel ouvrage, "Ritournelle de la faim", a commencé en littérature par un coup d'éclat : son premier roman "Le Procès-verbal", récit novateur d'un errant qui "squatte" dans une villa inhabitée et tombe dans des états psychologiques extrêmes, lui valut en 1963, à 23 ans, le prix Renaudot.

"Le Procès-verbal" est emblématique de la première période de son écriture, tournée vers les thèmes de la folie, du langage, et friande d'audaces formelles. Une deuxième période se dessine à partir de la fin des années 70, l'écrivain s'orientant dès lors vers des horizons et civilisations qui lui sont chers.

ETUDES SUR LES INDIENS

Né à Nice en 1940, d'un père britannique et d'une mère bretonne, Le Clézio, a grandi bilingue.

Issu d'une famille qui émigra au XVIIIe siècle à l'île Maurice, il traduit dans son oeuvre de romancier, de nouvelliste comme d'essayiste la diversité de ses origines et son attrait pour les Indiens d'Amérique. Il rédigea dans les années 70 une thèse d'histoire sur le Michoacan, dans le centre du Mexique.

Sa vie est celle d'un écrivain cosmopolite, qui partage aujourd'hui son temps entre Nice, le Mexique, l'île Maurice et d'autres horizons.

A l'âge de sept ans, il se rend au Nigeria avec sa mère pour y retrouver son père. Longtemps plus tard, il écrira "Onitsha" (1991), dans lequel il évoque le Nigeria d'après-guerre, à l'époque coloniale.

"Désert", roman situé à cheval sur le Sahara et Marseille, traite aussi de l'Afrique, des hommes bleus et de l'immigration et a valu à Le Clézio, en 1980, d'être lauréat du premier Grand prix Paul Morand.

JMG Le Clézio a étudié à Bristol et à l'université de Londres aussi bien qu'au Collège littéraire universitaire de Nice. Il effectue en 1967 son service militaire en Thaïlande, au titre de la coopération, mais, expulsé pour avoir dénoncé la prostitution enfantine, le termine au Mexique. Par la suite, il étudiera pendant quatre ans la vie des Indiens, au Panama.

Ses ouvrages évoquent aussi bien l'Afrique que le Mexique (comme, par exemple, "Diego et Frida") ou encore l'océan Indien ("Le Chercheur d'or", "Voyage à Rodrigues").

POLÉMIQUE SUR LA LITTÉRATURE AMÉRICAINE

Une polémique a éclaté dans les jours précédant l'attribution de ce Nobel de littérature 2008, à la suite des propos du secrétaire permanent de l'Académie suédoise.

Horace Engdahl a suscité un tollé en déclarant à une agence de presse que les écrivains américains composaient des oeuvres trop repliées sur les Etats-Unis et ne participaient pas au "grand dialogue" de la littérature.

L'Américaine Toni Morrison est le dernier écrivain des Etats-Unis à avoir obtenu le Nobel de littérature, en 1993. Cette année, les noms de Philip Roth et de Joyce Carol Oates circulaient parmi les favoris du Nobel.

L'oeuvre de JMG Le Clézio est aux antipodes de la vision de la littérature stigmatisée par Horace Engdahl et ce dernier s'en est félicité:

"Ses oeuvres ont un caractère cosmopolite. Français, il l'est, oui, mais c'est plus encore un voyageur, un citoyen du monde, un nomade", a dit Horace Engdahl lors de la conférence de presse pendant laquelle il a annoncé le nom du lauréat.

Le Nobel de littérature sera remis à Le Clézio à Stockholm, lors d'une cérémonie en décembre.

Quels aspects compte-t-il alors aborder dans le discours qu'il prononcera ? Interrogé sur France-Inter jeudi matin, quelques heures avant l'annonce, il répondait ainsi :

"La difficulté que les jeunes ont à se faire publier, par exemple. Sur la difficulté que quelqu'un qui pense en créole a pour traduire sa pensée en français puis pour trouver un éditeur en-dehors de son île. Toute la relativité du système éditorial; c'est si difficile quand on est loin des pays qui ont de l'argent, ça devrait être plus simple."

Bureau de Stockholm, version française Eric Faye

-------------------


video

dimanche, octobre 05, 2008

112- Hommage international à Mahmoud Darwich

Hommage

Souvenir de Mahmoud Darwich : un poème sur Rue89

  • Par Pierre Haski | Rue89 | 05/10/2008

Deux mois après sa disparition, la voix de Mahmoud Darwich le grand poète palestinien, va résonner dimanche à travers le monde, une journée d'hommage au poète et à l'homme. Rue89 s'associe à cet hommage en diffusant un poème de Mahmoud Darwich à paraître dans un prochain recueil.

Cette journée d'hommage au poète palestinien est née au sein d'un réseau d'écrivains et de poètes du monde entier, reliés par internet et l'amour de la langue et de l'engagement. L'initiative a pris racine à Berlin, où s'achève ce weekend un festival de littérature internationale, qui a voulu rendre hommage au poète, mais aussi, précisent les organisateurs, « à son engagement à promouvoir une coexistence pacifique et équitable entre Arabes et Israéliens ».

L'initiative s'est répandue en plusieurs coins du monde, notamment sur l'île de Gorée où réside le Sud-Africain Breyten Breytenbach qui nous avait donné un magnifique texte sur Darwich à sa mort, au Brésil, ou encore à Hong Kong à l'initiative du poète chinois exilé Bei Dao.

En France, la Cité du Livre d'Aix en Provence s'associe à cette journée d'hommage, avec une lecture de poèmes de Mahmoud Darwich à 16h30.

Et plusieurs projets éditoriaux sont en préparation autour du poète disparu, dont celui de la revue La Pensée de Midi qui publiera début novembre un numéro intitulé « Désirs de guerre... Espoirs de paix », dans lequel figurent cinq poèmes de Mahmoud Darwich, disponibles également sur le site des éditions Actes Sud. C'est un de ces poèmes que nous reproduisons aujourd'hui, dans le cadre du partenariat entre La Pensée de Midi et Marseille 89.


Si nous le voulons


« Nous serons un peuple, si nous le voulons, lorsque nous saurons que nous ne sommes pas des anges et que le mal n’est pas l’apanage des autres.

Nous serons un peuple lorsque nous ne dirons pas une prière d’action de grâces à la patrie sacrée chaque fois que le pauvre aura trouvé de quoi dîner.

Nous serons un peuple lorsque nous insulterons le sultan et le chambellan du sultan sans être jugés.

Nous serons un peuple lorsque le poète pourra faire une description érotique du ventre de la danseuse.

Nous serons un peuple lorsque nous oublierons ce que nous dit la tribu..., que l’individu s’attachera aux petits détails.

Nous serons un peuple lorsque l’écrivain regardera les étoiles sans dire : notre patrie est encore plus élevée... et plus belle !

Nous serons un peuple lorsque la police des mœurs protégera la prostituée et la femme adultère contre les bastonnades dans les rues.

Nous serons un peuple lorsque le Palestinien ne se souviendra de son drapeau que sur les stades, dans les concours de beauté et lors des commémorations de la Nakba. Seulement.

Nous serons un peuple lorsque le chanteur sera autorisé à psalmodier un verset de la sourate du Rahmân dans un mariage mixte.

Nous serons un peuple lorsque nous respecterons la justesse et que nous respecterons l'erreur.»



In : http://www.rue89.com

samedi, octobre 04, 2008

111- Le Clézio prix Nobel? ou bien Assia Djebar?

Le romancier français Le Clézio parmi les favoris du Nobel de littérature

STOCKHOLM (AFP) — Le nom du romancier français Jean-Marie Gustave Le Clézio circule avec insistance dans les cercles littéraires suédois pour décrocher le Nobel de littérature, mais tout le monde reconnaît qu'il s'agit de supputations hasardeuses.

"Cette fois, je pense que ce pourrait être Le Clézio. C'est mon intuition", lance Maria Schottenius, responsable des pages culturelles du plus important journal suédois Dagens Nyheter, tout en avançant comme autres possibilités la romancière allemande d'origine roumaine Herta Müller ou le poète sud-coréen Ko Un.

Le Nobel de littérature sera annoncé le 9 octobre, a indiqué vendredi l'Académie suédoise, qui décerne le prix.

La spécialiste du livre à la radio suédoise, Kerstin Lundberg, voit aussi en Le Clézio un favori. "Je trouve qu'il y a si longtemps que la France n'a pas eu le prix et qu'il a beaucoup des qualités qui peuvent séduire l'Académie suédoise".

En soulignant que la recherche du lauréat tient de la charade, elle croit aussi dans les chances de la romancière algérienne d'expression française Assia Djebar ou du Néerlandais Cees Nooteboom.

"On ne peut jamais savoir qui ils vont choisir. Chaque année, on essaye de deviner et presque à chaque fois on se trompe", se moque pour sa part Eva Gedin, l'une des responsables de la maison d'édition suédoise Norstedts.

Elle se refuse du reste à se prêter au jeu des pronostics mais aimerait que ce soit à nouveau une femme qui remporte le prix après la romancière britannique Doris Lessing, couronnée l'année dernière.

"Il n'y a aucune fuite et le secret est bien gardé", dit un responsable de l'édition qui a requis l'anonymat. Mais ce dernier pense aussi que Le Clézio fait figure de favori.

"Les statuts du Nobel parlent de récompenser une oeuvre avec des idéaux et les livres de Le Clézio sont pleins d'humanité. Il est à cheval sur plusieurs cultures, l'Amérique latine, l'Afrique, l'Europe. Tout cela plait beaucoup à l'Académie", explique-t-il.

L'Académie ne publie aucune liste des écrivains sélectionnés et les délibérations sont secrètes pendant 50 ans.

Pour tenter de percer le mystère, certains attaquent le problème sous différents angles. Quel genre littéraire aurait été ignoré depuis longtemps, quel continent, quel pays, quelle langue?

"Entre journalistes, on se dit depuis un ou deux ans que ce devrait être un poète car cela fait longtemps qu'on n'en a pas eu", indique Mme Lundberg.

Et de citer des noms qui reviennent régulièrement: Adonis, le poète syrien pseudonyme d'Ali Ahmad Saïd, l'Australien Les Murray, l'Américan John Ashbery.

Les continents négligés ces dernières années, l'Afrique et l'Amérique du sud. Alors ce pourrait être le tour du Mexicain Carlos Fuentes ou du Péruvien Mario Vargas Llosa.

Mme Schottenius ne pense pas qu'un "favori" gagnera cette année. Dans cette vaste catégorie, on compte des écrivains qui ont des gros tirages à travers le monde et qui sont évoqués bon an mal an: les Américains Philip Roth ou Joyce Carol Oates, le Japonais Haruki Murakami, l'Italien Antonio Tabucchi.

D'autres prix littéraires, comme le Prince des Asturies ou le prix Kafka, peuvent mettre sur la piste, certains lauréats ayant reçu peu après le Nobel. Alors il ne faut pas écarter l'Israélien Amos Oz, la Canadienne Margaret Atwood ou encore le Tchèque Arnost Lustig et le poète français Yves Bonnefoy.

Comme l'année dernière, le site de paris en ligne Ladbrokes donne l'essayiste italien Claudio Magris comme super-favori à 3 contre 1, devant Adonis, Oz et Oates pour recevoir le prix de 10 millions de couronnes suédoises (1,02 million d'euros).

Copyright © 2008 AFP. Tous droits réservés.

Vendredi 3 octobre 2008

__________________


Prix Nobel de la littérature 2008

L’écrivaine algérienne Assia Djebar pressentie

L’écrivaine algérienne francophone Assia Djebar est pressentie pour le prix Nobel de littérature, aux côtés du romancier français Jean-Marie Gustave Le Clézio et du Néerlandais Cees Nooteboom.

Le verdict sera connu jeudi 9 octobre, le jour où l’Académie suédoise, qui décerne le prix, annoncera l’heureux prix Nobel de littérature 2008. Même si l’Académie suédoise ne laisse rien filtrer pour le moment sur son choix, le nom d’Assia Djebar circule dans les cercles littéraires suédois. Cette romancière de talent prolifique, poétesse et également réalisatrice algérienne, est sans aucun doute parmi les mieux placés pour décrocher ce prix pour lequel elle a été pressentie il y a quatre ans. En effet, Assia Djebar a figuré parmi les premiers noms pressentis pour ce prix en 2004, aux côtés de l’Américaine Joyce Carol Oates. Mais, le lauréat était quelqu’un d’autre : l’Autrichienne Elfriede Jelinek qui a osé faire un roman pornographique au féminin où elle a réglé son compte à l’Autriche, à la quiétude du foyer, à la respectabilité bourgeoise et à la prétendue libération sexuelle. « On ne peut jamais savoir qui ils vont choisir. Chaque année, on essaye de deviner et presque à chaque fois on se trompe », a déclaré à l’Agence France presse Eva Gedin, l’une des responsables de la maison d’édition suédoise Norstedts.

Cette année aussi, le nom de Assia Djebar trône en tête. Née en 1936 à Cherchell, en Algérie, Assia Djebar entre à l’Académie française en 2005, devenant ainsi la première et unique personnalité maghrébine à figurer parmi les 40 « immortels » de l’institution. Une place méritée pour cette intellectuelle des deux rives, pionnière de la cause des femmes en Algérie. Son dernier livre, La Femme sans sépulture (2002), est un hommage à une héroïne de la guerre d’Algérie dont les enfants n’ont jamais pu enterrer le corps. Elle a toujours été « résistante » par ses livres. Assia Djebar, de son vrai nom Fatima-Zohra Imalyène, entame sa carrière littéraire en 1957, à 21 ans, en publiant La Soif, son premier roman d’intrigues à coloration saganienne. Une année après, elle publie un deuxième roman intitulé Les Impatients. Des Enfants du nouveau monde à L’Amour, la Fantasia, la romancière fait le procès aux courants rétrogrades de la société. Par son œuvre littéraire, Assia Djebar a toujours milité pour la promotion de la femme en particulier, de la société en général.

Romancière prolifique, Assia Djebar est également cinéaste de talent. Après son roman Rouge l’aube en 1967, elle réalise son premier long métrage, Nouba des femmes du mont Chenoua, qui a reçu le prix de la Critique à la Biennale de Venise en 1979. À partir de 1980, elle s’installe à Paris où elle travaille au Centre culturel algérien. En même temps, elle poursuit une carrière littéraire déjà riche en production en écrivant Femmes d’Alger, un recueil de nouvelles devenu, depuis sa sortie, un classique dans de nombreux pays francophones, réédité en 2002 avec des inédits. Elle a également écrit Ombre sultane et Loin de Médine (1987). Assia Djebar a dirigé de 1997 à 2001 le Centre d’études françaises et francophones de la Louisiana State Institute avant d’enseigner à l’université de New York. Elle a reçu plusieurs prix, récompensant son génie littéraire. Entre autres, elle a reçu le Prix Liberatur de Francfort en 1989, Prix Maurice Maeterlinck en 1995, Prix de la paix des éditeurs allemands en 2000, Prix international Pablo Neruda en 2005 et docteur honoris causa des universités de Vienne (Autriche), de Concordia (Montréal), d’Osnabrück (Allemagne).Ses livres sont traduits en vingt-trois langues et une vingtaine d’ouvrages en plusieurs langues ont été consacrés à son œuvre littéraire. Lui décerner le prix Nobel de littérature sera le summum de la reconnaissance de son œuvre et de son combat, notamment pour l’émancipation de la femme algérienne.

Par M.A.O

El-Watan samedi 04 octobre 2008