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dimanche, novembre 29, 2009

175- Cinéma d'Algérie


Hier samedi, je suis allé voir avec C. le légendaire Omar Gatlato, un film mémorable des années de la dictature boumediéniste. Il fut un tremblement de terre à l'époque du silence et de tous les interdits démocratiques. Et une surprise qui fit couler beaucoup de salive!

Merci à AFLAM (Les films)
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Cinéma(s) d’Algérie
Dossier de Presse Cinéma(s) d’Algérie
Programme complet-Cinéma(s) d’Algerie
Après « Cinéma(s) » de Tunisie, du Maroc, de Syrie, de Palestine, Aflam s’intéresse cette année au cinéma algérien et à son histoire, avec une quarantaine de films qui seront présentés à Marseille et dans 8 villes de la Région. Différentes structures culturelles et associatives ont décidé d’accompagner notre initiative en programmant des films, ou bien, en mettant en valeur d’autres expressions de la culture algérienne, théâtre, littérature, photographie…Du 5 novembre au 6 décembre, la culture algérienne sera ainsi à l’honneur à Marseille et dans la Région Provence Alpes Côte d ‘Azur.



Le cinéma algérien est né en 1958 dans les maquis, puis il s’est développé très vite avec la création d’infrastructures d’Etat soutenant la production et aussi la diffusion. Une première vague de films s’attache à partir de 1964 à décrire le colonialisme, le mouvement de libération nationale et ses héros. Puis, dans les années 1970, la guerre laisse la place aux préoccupations sociales : la question des femmes, la condition paysanne, un peu plus tard, la vie citadine et ce qu’elle révèle des difficultés de la société algérienne en construction. Les années 1970 seront les années fastes du cinéma algérien, et les salles obscures du pays sont alors largement fréquentées par la population. A partir des années 1980 apparaît une nouvelle génération de réalisateurs algériens, celle des cinéastes tournant aussi en France sur le thème de l’émigration. En Algérie, les violences qui vont affecter le pays durant les années 1990 entraînent la chute de la production cinématographique et la disparition de la presque totalité des salles. Aujourd’hui des réalisateurs plus jeunes, en Algérie ou en France, prennent le relais avec beaucoup de créativité et de dynamisme. Nous avons tenté de représenter cette filmographie dans son histoire et sa diversité.

in: http://www.aflam.fr/spip.php?rubrique45

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Omar Gatlato
de Merzak Allouache
Algérie, 1976, 1h30mn, couleur.

Avec Avec Boualem Bennani, Aziz Degga, Farida Guenaneche,, Abdelkader Chaou

Omar, petit fonctionnaire et "titi" algérois, passionné de musique populaire chaabi et de films indiens, passe ses heures de loisirs avec les copains. Comme eux tous, il rêve à la femme idéale qu’il mythifie à défaut d’approcher les femmes dans la réalité. Un jour, on lui offre une cassette prétendument vierge mais qui a, en fait, enregistré les confidences d’une jeune femme…

Scénario : Merzak Allouache
Image : Smaïl Lakhdar Hamina
Montage : Moufida Tlatli
Musique : Ahmed Mallek
Production : ONCIC (Office National pour le Commerce et l’Industrie Cinématographique) Algérie
avec: Boualem Bennani, Aziz Degga, Farida Guenanèche, Abdelkader Chaou

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CE QUI SUIT a été ajouté le mercredi 02 décembre 2009:


Mardi, cinéma Les Variétés, rue Scotto, angle de la Cannebière. Nous sommes mardi 01 décembre, il est 17h30. J’ai pris un ticket (5.50 €) pour assister au film Harraga de Merzak Allouache. Dans le hall du cinéma nous sommes une petite trentaine qui patiente soit autour d’un verre de rouge ou de blanc ou… devant le sympathique comptoir en forme de U soit dans la grande salle. Dans un coin il y a une table sur laquelle on a posé des publicités pour « Cinéma (s) d’Algérie. Un membre de l’assoc. prend les coordonnées de ceux qui veulent bien les donner pour recevoir des informations de l’association. Il accueille aussi ceux qui souhaitent y adhérer. L’entrée de la salle1 est ouverte à 17h50. C’est une grande salle d’environ 230 places. Nous sommes un peu moins de 40 personnes. Il est 18h et la salle est toujours allumée, ça ne chuchote même pas. Un journaliste filme les présents. Il y a maintenant beaucoup de monde : 150 au bas mot. A 18h20 rentre un groupe de 7 personnes : Michel Perso, le représentant de Aflam (l’association organisatrice) qui présente la manifestation, Solange Polet, Mouloud Mimoun critique de cinéma, et deux comédiens, Samir el Hakim, Abdallah Benahmed et Merzak Allouache qui ne prend pas la parole. Nous passons au film, Harraga

Applaudissement à la fin du film, il est vrai bien réussi. La parole est donnée à Allouèche qui explique pourquoi il a choisi Mostaganem. Mostaganem et Annaba sont les deux lieux les plus importants d’où partent les « Brûleurs ». Mosta (Oran) car très proche de l’Espagne et Annaba très proche de l’Italie. C’était plus dur de filmer à Annaba car « il y a une grande violence autour des Harraga. La maffia italienne a fait fusion avec les maffieux de Annaba, elle prépare les barques qu’elle leur revend ». Il ajoute : « dans mon film j’adresse deux messages. Le premier pour interpeler les officiels algériens… Il y a 600 Algériens dans les morgues espagnoles, c’est inadmissible. Le deuxième message je l’adresse aux Européens, qui se contentent de traiter le sujet en utilisant une comptabilité macabre. »

Suivent les questions du public. Merzak Allouache me reprend, il me répond « pour moi il n’y a pas eu de dictature en Algérie dans les années 70 » A une autre spectatrice (qui dit avoir été cinéaste en Algérie il y a longtemps) et qui regrette que les cinéastes algériens ne dénoncent pas la maffia politico-militaire il lui répond d’un air condescendant, hautain même « faites vous-mêmes des films et dénoncez ».
A propos de ses débuts, en faisant son premier film en 1975, autour du malaise des jeunes, « je ne pensais pas dit-il que 30 ans plus tard je ferais un autre film sur la détresse des jeunes. Je pensais que l’Algérie, qui est un pays riche allait se redresser. » Harraga ajoute-t-il est « un film témoignage ». Il ne se « mouille » pas plus…

Je reconnais un des acteurs (Samir el Hakim, le flic assassin). Je l’ai vu à Valence jouer au théâtre. Superbe. Je le lui dis à l’extérieur, je veux dire lors du buffet gratuit offert dans la grande salle près du bar (couscous et boissons à volonté). Il me dit qu’il rejoue la pièce (Bleu blanc vert de Maïssa BEY au début février à Aix. (Voir mon post ici, n° 146 du 20 mai 2009)


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Festival international du cinéma méditerranéen de Valencia
Harragas de Merzak Allouache remporte le Palmier d’or

Le prix, doté de 40 000 euros, lui sera remis samedi soir à la faveur d’une cérémonie de gala, à l’occasion de la clôture officielle de ce festival cinématographique qui a mis en compétition 12 films de 13 pays méditerranéens.


Harragas, qui a été déjà très bien accueilli par le public lors de sa projection, raconte l’odyssée de la traversée clandestine de la Méditerranée d’un groupe de jeunes à bord d’une patera avec l’espoir d’atteindre les côtes espagnoles, à partir d’une vision collective et austère proche du documentaire. Et ce, parmi les douze longs métrages en compétition officielle, Small crime de Cristos Georiou (Chypre), Question de cœur de Rchibugi (Italie), Ajami de Scandar Copti et Yaron Shani (Palestine, Israël), Ibrahim Labyad de Marwan Hamed (Egypte), Eden à l’Ouest de Costa Gavras (France, Italie, Grèce), Fais-moi plaisir d’Emmanuel Mouret (France), J’ai quelque chose à te dire de Cécile Telerman (France), Slovenian Girl de Damjan Kozole (Slovaquie), Brothers de Iggal Nidman (Israël), As God commands de Gabrielle Salvatores (Italie), Nées pour souffrir de Miguel Albadalejo (Espagne). « J’ai voulu parler d’un phénomène général, un drame qui touche beaucoup les jeunes des pays du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. Je ne parle pas des motivations de la traversée mais de la traversée elle-même », a souligné M. Allouache lors d’une conférence de presse, en présence des protagonistes de son film. « Notre histoire raconte l’odyssée d’un groupe de jeunes algériens qui traversent clandestinement la Méditerranée avec pour objectif d’atteindre le sud de l’Espagne, porte d’entrée de l’eldorado européen tant convoité. Hassan le ‘passeur’ se charge de former un groupe de clandestins potentiels, qui permettront la réussite de la traversée. Quatre de ses amis et six ‘brûleurs’ venus du Sud de l’Algérie participeront à l’aventure.

Ces derniers sont acceptés car ils financeront une grande partie de la traversée. C’est une véritable opération de commando – avec une organisation matérielle sans faille – qui est préparée minutieusement et dans le plus grand secret par Hassan, Nasser et Rachid. On achète la barque, le moteur, le GPS… On guette la météo mais les impondérables vont très vite s’accumuler avec pour commencer, l’irruption d’une jeune fille : Imène, la fiancée de Nasser. Un deuxième problème, beaucoup plus grave, se profile à l’horizon. Le groupe qui prépare fébrilement le départ ne s’inquiète pas de la présence d’un homme mystérieux qui les surveille. Le jour du départ, l’homme mystérieux, sous la menace de son arme, embarque de force. La traversée pour atteindre les côtes de l’Espagne qui se trouvent ‘juste en face’ de l’Algérie, commence ». Le Palmier d’argent, doté de 20 000 euros, a été attribué, quant à lui, au film Ajami, ce film a remporté également le prix du meilleur réalisateur. Le prix spécial du jury et celui de la critique est revenu à Eden à l’Ouest du célèbre réalisateur grec Costa Gavras, auteur notamment du film algérien Z (1969) ou encore Mon colonel (2006). Dans Eden à l’Ouest, C. Gavras, à l’instar de M. Allouache, apporte sa particulière vision du phénomène de l’immigration. Le prix de la meilleure interprétation féminine a été décerné à l’actrice Nina Ivanisin pour son rôle dans Slovenka de Damian Kozole, alors que l’acteur Kim Rossi Stuart a remporté celui du meilleur acteur pour son interprétation dans le film italien Questione di cuoro, de Francesca Archibugi, qui a remporté le prix du meilleur scénario. Le prix de la meilleure photographie et celui de la meilleure bande sonore ont été attribués respectivement à Renato Berta pour Dohawa de Raja Amari (Tunisie) et à David Hadjadj pour Harragas.


Par Ali Aït Mouhoub, APS
in El watan 25 10 2009




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mercredi, novembre 25, 2009

174- Eugène Ionesco



Quelle absurdité que de partir le 28 mars 1994 ! l'aurait pu attendre le lendemain. M'enfin.
Mes salutations à ce maître dont les leçons nous servent encore chaque jour. Il est parti victime du devoir. Son absence est une grande lacune. Depuis mars 1994 il voyage chez les morts en compagnie de la Cantatrice chauve. Il aurait eu 100 ans demain.

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Système de l'imaginaire ionescien

Horia Capusan
Université Babes-Bolyai
Cluj-Napoca, Roumanie

Si l'on devait trouver le moment originaire, le ton de toute l'œuvre ionescienne, on pourrait sans doute le trouver à un moment indéfini entre deux états, l'un qui est déjà un peu passé, quoique pas encore tout à fait passé et un autre, un présent précaire, qui a déjà quelques apparences d'un passage inquiétant. C'est aussi l'âge propice pour écrire des oeuvres autobiographiques. Journal en miettes est un journal de cette phase indécise de la vie, de ce "mezzo camin di nostra vita" évoqué au début. Le titre d'un autre journal Présent passé, passé présent parle déjà assez par lui-même ; ce n'est pas un temps défini, mais un va-et-vient entre les deux, signe d'une inadaptabilité et d'une angoisse profonde. Et dans l'arrière plan de La quête intermittente, on sent la même préparation que celle dont on parle dans Le roi se meurt.

Ces images du passage, de la chute, de la dissolution, de la précarité, de l'entre-deux sont en fait le noyau génératif de toute l'écriture ionescienne. On peut difficilement déceler sa signification sans avoir toujours à l'esprit cette angoisse de l'instabilité du monde qui se défait. Le théâtre est justement une image concrète et mouvante de cette angoisse, et Ionesco avait raison de dire que son oeuvre est ancrée au plus profond de l'expérience humaine.

Dans Le roi se meurt, le thème du monarque qui fait ses adieux à la vie est émouvant ; mais ce n'est là qu'un cas extrême. Dans d'autres pièces, le même processus de dissolution, de décadence, de décomposition, moins brutal est quand même à l'œuvre. La cantatrice chauve est l'image la plus fidèle de cette chute. S'il y a quelque chose de troublant, c'est que, dans un décor bourgeois et banal se situe une vraie apocalypse ; des personnages tout à fait communs dans l'apparence semblent être frappés d'une étrange maladie ; déjà, au début, leur comportement et leur langage est profondément déréglé ; et ce dérèglement deviendra de plus en plus grave jusqu'à la fin, où les deux couples tomberont carrément dans une enfance idiotisée (et ce qui est pire, c'est que le pompier, symbole de l'ordre, qui était censé intervenir dans la première variante de la pièce, n'est pas plus développé mentalement que les autres). La mort de l'élève poignardée par son professeur (La leçon), le suicide des deux vieillards (Les chaises), la mort inexplicable de tous les hommes (Jeux du massacre), les assassinats absurdes du Tueur sans gages, l'extinction du Nouveau locataire derrière ses propres meubles, "l'animalisation" (Les rhinocéros), la transformation en cadavre vivant (Amédée ou comment s'en débarrasser), tout ne fait que souligner cette propension du personnage ionescien à ne plus être.

Il y a une étrange "pulsion du Nirvana" dans ce théâtre ; les hommes aspirent à ne plus être hommes ou (ce qui est la même chose) à ne plus être du tout. Les êtres semblent joyeusement consentir à ne plus exister ; car il n'y a presque nulle parte des traces d'une opposition quelconque : Le nouveau locataire s'enferme derrière les meubles qu'il a apportés lui même ; Papillon, Boeuf, Botard, Dudard, Daisy et tous les autres semblent être tout à fait à l'aise dans leur nouvel état ; les Anglais aussi semblent ne pas se rendre compte de ce qui les menace ; la même chose vaut pour les hommes du Jeux du massacre. Toutes les réactions des personnages se limitent à une vague logorrhée qui masque mal leur malaise devant un monde qui change. Et d'ailleurs, dans le théâtre ionescien, c'est une vérité incontestable que plus l'être est près de la mort, plus il a l'appétit de parler (voir par exemple La cantatrice chauve, Les rhinocéros). De plus, certains êtres (on pourrait les appeler les salauds de Ionesco), non seulement consentent, mais sont eux-mêmes source de mort - le tueur anonyme de Tueur sans gages ou de Jeux du massacre, le Macbett apocryphe, le professeur de La leçon, le policier des Victimes du devoir ; comme dans une rééducation de Pitesti, les victimes deviennent bourreaux eux mêmes, et le mécanisme de la mise à mort s'étend à toute l'humanité.

D'autres fois, sans aller jusqu'à la mort physique ou morale, la décadence peut se manifester sous des formes plus insidieuses. L'une d'entre elles c'est l'infantilisation déjà évoquée (nombre de personnages dans La cantatrice chauve, Scène à quatre, Délire à deux, Choubert à la fin des Victimes du devoir semblent être des enfants crétins ou incapables de rester ensemble sans se disputer). L'infantilisation n'est pas un indice de vitalité ; elle est au contraire un signe de perte de vie, tout à fait l'équivalent de la vieillesse. Cet autre âge n'est pas non plus idyllique ; il oscille entre le ramollissement joyeux des personnages des Chaises et l'agressivité des parents dénaturés dans Jacques ou la soumission ou pire, du professeur de La leçon. Enfance et vieillesse sont tout aussi décrépites.

Une autre forme de dégradation, encore plus sournoise, c'est la perte de la mémoire. Tout le drame du personnage de La soif et la faim (d'absolu), c'est qu'il a oublié ; n'étant pas présent au rendez-vous qu'il a manqué, il devra se contenter de regarder le Paradis lointain par la fenêtre du monastère où il devra finir ses jours ; les époux Martin paraissent être frappés d'amnésie et l'académicien de La lacune n'est pas capable de passer son baccalauréat. C'est aussi ce que donne à certaines pièces de maturité et de la vieillesse - notamment La soif et la faim, pièce de l'oubli, Ce formidable bordel, L'homme aux valises, Voyage chez les morts - cette apparence de temps interrompu, haché, de construction
inachevée ; le théâtre sans mémoire certaine devient alors une discontinuité, une "quête intermittente."

Et ce n'est pas tout. Car, comme dans la mentalité archaïque, dans le théâtre de Ionesco, il y a toujours correspondance entre la nature et l'homme. Dans la pièce Délire à deux, les deux époux ne font que se disputer toute la journée ; et alors on peut bien voir pourquoi à l'extérieur il y a la guerre civile et les grenades pleuvent. Dans La cantatrice chauve, l'incendie fait pair avec la destruction intérieure des personnages. Mais le plus souvent la correspondance se manifeste sous la forme de l'inverse proportionnalité : plus le monde humain est précaire, plus le monde des objets prospère et s'étend ; mais c'est toujours une prolifération maléfique. Car si la vie commence à se retirer des humains, elle passe, par contre, dans le règne inanimé qui commence à se multiplier d'une manière monstrueuse. C'est toute l'ambiguïté du cadavre qui grandit dans Amédée ou comment s'en débarrasser ; c'est un cadavre qui est quand même vivant ; c'est, en fait un cadavre qui n'est cadavre qu'en apparence et on a beau penser qu'on pourrait "s'en débarrasser". La prolifération des meubles dans Le nouveau locataire demande, en contrepartie, le sacrifice d'un homme. De même, le couple du diptyque Jacques ou la soumission et L'avenir est dans les oeufs sera lui aussi sacrifié (est-ce un pur hasard si la fiancée porte un masque aztèque?) pour la "production" des oeufs qui sont loin d'être des symboles de vie (d'où l'ironie cruelle du titre). À l'autre extrémité du parcours les vieux des Chaises se suicident pour laisser entrer en scène l'orateur muet et les chaises multipliées sur lesquelles on ne sait pas trop bien s'il y a quelqu'un ou non. Les hommes meurent, mais, presque toujours, leurs sacrifices sont douteux.

Car l'univers ionescien a souvent une puissante note d'irréalité. Certaines pièces l'affirment presque explicitement. Dans Macbett, l'unique vrai actant est une mauvaise divinité gnostique qui s'amuse à tromper les personnages. Dans Ce formidable bordel, au contraire, toute l'histoire est la farce d'un bon Dieu un peu plaisantin et l'homme le saura à la fin ; néanmoins dans les deux cas, la même inconsistance se fait sentir. À propos d'autre pièces comme L'homme aux valises, La soif et la faim on pourrait dire qu'elles sont des cauchemars prolongés (l'analogie pièce - rêve est d'ailleurs une constante de Ionesco). L'impromptu de l'Alma c'est aussi une pièce sur les phantasmes nocturnes. Dans le monde du mauvais rêve, tel celui de L'homme aux valises, il n'y a finalement ni temps, ni espace réels, seulement un no man's land spatial et temporel où tous les lieux et toutes les périodes s'amalgament. Le trop plein des choses aboutit finalement à son contraire : la dématérialisation du monde. Et sur les nombreuses chaises il y a seulement des personnes invisibles ou absentes.

Une autre marque de l'irréalité de ce monde est la répétition. Car paradoxalement, cet univers de la dissolution est aussi un lieu de l'éternité ; mais comme toute chose ici bas, l'éternité est détournée. Elle ne signifie alors que la répétition des mêmes paroles, des mêmes gestes, des mêmes attitudes, de la même vie : dans La cantatrice chauve, les personnages recommencent tout dès le début, de même que les époux du Délire à deux et le professeur et l'élève dans La leçon. La répétition est le dernier triomphe de la mort ; on est vraiment mort quand on n'a plus la possibilité de faire autre chose. Et la caractéristique du cauchemar, c'est qu'il se répète et qu'on ne peut plus en sortir.

On voit donc quel résultat nous avons obtenu : une humanité en pleine dissolution physique et mentale, un univers de choses où la prolifération ne peut plus cacher son inconsistance foncière et un temps bloqué dans le ressassement. Et pourtant tout n'a pas été dit. Car, dans cet univers, il existe (pour employer les termes de Simone Weil), à côté de la pesanteur, la grâce aussi. Parfois, la pièce s'ouvre brusquement vers une réalité d'un autre ordre. Dans Les chaises, l'orateur, même muet, apparaît à la fin. La pièce Ce formidable bordel finit sur une image du paradis ; c'est le même paradis qu'entrevoit le pèlerin de La soif et la faim. Ailleurs, tout aussi brusquement, sans aucune préparation, la grâce fait irruption - c'est une réalité étrangère au monde donné qu'on découvre souvent par hasard, comme la faculté de voler chez le Béranger du Piéton de l'air. En effet, il y a chez Ionesco des êtres qui, comme les chamans dans certaines mythologies, découvrent qu'ils savent voler (1). C'est un don arbitraire, immotivé, dont la présence contraste fortement avec la décrépitude ambiante. Dans Le piéton de l'air, seul Béranger, parmi les personnes présentes, sait voler. Dans Amédée, le vol final fait une antithèse totale avec le début de la pièce dominée par l'image du cadavre ; il signifie la libération enfin acquise, la rupture bénéfique du temps qui brise le régime de la répétition. Et même le suicide des deux vieillards des Chaises prend des allures de vol.

Parfois, la libération peut même aller plus loin ; si "l'histoire est un cauchemar dont je devrais me réveiller" (James Joyce), si le monde n'a que la consistance d'un mauvais rêve, alors il faut s'arracher à ce rêve, ne plus vouloir dormir. L'être humain, coincé avant entre sa propre dégradation et celle du monde, se relève brusquement, contre attaque. Béranger est souvent celui qui se révolte. Nous le voyons faire face au Tueur sans gages et même prendre un fusil pour massacre les Rhinocéros. Toute la pièce n'est d'ailleurs que la prise de conscience d'un personnage qui se réveille de son état de somnolence initiale pour constater sa solitude irrémédiable.

Il faut ajouter que, rarement, il est vrai, la violence purificatrice de la grâce se fait ressentir. Sur le mode comique, l'Impromptu de l'Alma est une histoire d'exorcisation du mal. L'image du feu, qui apparaît quelquefois, s'inscrit dans le même imaginaire de l'expiation : dans la vision de Béranger à la fin du Piéton de l'air, dans le rêve avec la grand-mère qui ressort jeune de l'incendie de sa maison, qui a migré du Journal en miettes à la pièce L'homme aux valises, dans la scène finale du Tableau où le coup de pistolet du bon bourgeois réhabilité sert à régénérer l'artiste. La grâce peut être aussi dangereuse, comme on peut le voir dans Le piéton de l'air ou dans Victimes du devoir. Dans la première, elle est dangereuse parce qu'elle révèle la destinée du monde, le fait qu'il soit irrémédiablement voué à la mort et à la destruction : et alors pourquoi est-elle venue au monde? Dans la deuxième, elle laisse Choubert seul et désarmé devant la force brutale des réalités terrestres. Et en fermant la boucle, on peut dire que si l'homme et l'univers ionesciens sont devant un avenir qui ne signifie que dégradation et perte, il y a des instants ou tout peut être récupéré, même avec les risques que l'on connaît.

1. Parmi les pièces de Ionesco, il y a en a une qui porte un titre très chamanique : Voyage chez les morts.
In: http://linguaromana.byu.edu/Capusan3.html

jeudi, novembre 19, 2009

173- Maïssa BEY à l'Alcazar Marseille et une nouvelle: La Waâda



Dans un échange avec Marie Virolle (responsable des éditions Marsa, Paris) voici ce que Maïssa Bey a dit en cette journée du mercredi 18 novembre 2009 dans la salle des conférences de la bibliothèque Alcazar de Marseille, devant une cinquantaine de personnes venue l’écouter, à l’occasion de la manifestation « Cinéma (s) d’Algérie ».


« Comment j’ai commencé à écrire ? Il faut des rencontres pour que la parole puisse aller vers les autres. J’ai écrit un texte qui s’appelle « Au commencement était la mer ». Quand je l’ai écrit je ne savais pas ce que j’étais entrain de faire. C’était un besoin, nous étions au début des années 1990. Nous étions enfermés da
ns la peur dans le silence. Des gens disparaissent, soit dans l’exil, soit dans la mort. Alors on se dit « qu’est-ce que je peux faire ? ».Pendant longtemps la question s’est posée à moi « comment agir ? » Il y a plusieurs possibilités. La 1° solution est de faire le choix de se taire, pour se protéger, de s’enfermer, de se replier.


C’est à cette époque que sont apparus en Algérie les barreaux de fer hideux dans toutes les fenêtres et balcons. Mais le silence ne protège pas, c’est une illusion. La deuxième solution est celle du départ. Il en faut du courage pour partir, quitter sa maison, ses biens, tout ce qui a été votre vie. La troisième c’est de se mettre en face de soi et se poser la question « que faire, qu’elles sont mes possibilités ? » Je n’en avais pas beaucoup. J’étais professeur de français. L’essentiel était de pouvoir continuer à travailler, de pouvoir ouvrir la porte sur le monde. Il s’agissait d’arriver à accomplir les gestes du quotidien.





Les mots sont arrivés à moi. Je n’ai pas décidé d’écrire. U
n jour, alors que je préparais mes cours je me suis mise à écrire une histoire dans un cahier d’écolier à couverture blanche. Je me suis rendue compte que j’avais besoin d’écrire. C’était vital. A mes côtés il y avait ma vie familiale, professionnelle et aussi ce cahier blanc. Quelque chose dans ce cahier m’attirait, ce qui me permettait d’aller au-delà de ce que je vivais au quotidien. Il fallait que j’écrive. Je ne savais pas ce que j’allais en faire mais c’était une nécessité. J’ai toujours écrit, l’écriture m’a accompagnée toute ma vie, mais c’était la première fois que j’écrivais une fiction. Je suis une grande lectrice, mais c’était la première fois que j’allais vers mes propres mots. Cela a pris la forme d’une histoire, d’une histoire d’amour avec beaucoup de lumière et de soleil, la lumière, le soleil, la mer, tout ce qui ne nous était plus accessible à l’époque et que j’arrivais à retrouver avec les mots. Je peux dire aujourd’hui que ce texte m’a sauvée de la folie. Ce texte a été refusé par de nombreuses maisons d’édition.

Lorsque j’écris je ne me pose pas la question de la cible, je ne me demande pas qui va lire mon livre. Il me paraît impossible d’écrire en ayant l’impression d’avoir un lecteur au-dessus de mon épaule. Lorsque je me mets à écrire, il n’y a aucune présence auprès de moi. Je veux être libre de mon écriture. Lorsqu’on me fait le reproche d’aborder tel ou tel sujet, parfois tabou, comme le corps de la femme ou de ses désirs… je n’en tiens pas compte. Je n’écris pas pour plaire au plus grand nombre. En France on a refusé mon premier texte parce que m’a-t-on dit, « il ne répond pas aux attentes du public français. Votre texte est bien écrit mais la réalité sanglante de l’Algérie en est absente. On m’a suggéré d’ajouter de l’hémoglobine. J’ai refusé. »

Lorsqu’on écrit on sait qu’au terme de la solitude de l’écriture, il y a une lumière, il y a un regard qui va se pencher un jour sur cette page qu’on est entrain d’écrire. C’est pour aller à leur rencontre que j’écris, même s’il n’y a qu’un seul lecteur.

A SUIVRE


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Un peu plus tard dans la soirée la folie s'est emparée de la ville de Marseille. Non que l'équipe de France ait battu l'Eire (1-0. Peu glorieux le but), mais parce que l'Algérie s'est qualifiée pour la phase finale de la coupe du monde en 2010 (comme la France) en battant l'Egypte par 1 à 0. Très beau match et très vilains Egyptiens peu (très peu) fair-play, non les joueurs mais les politiques, les hommes de la rue, remontés comme s'ils étaient en guerre! Ils ont reçu une véritable leçon.





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La Waâda
(nouvelle)

Cela va faire une semaine qu’elle dure, une semaine estivale dédiée au Marabout Sidi Abdelkader El Jilani le grand. Une semaine entière d’offrandes que tous les habitants de notre village et des villages environnants chantent, dansent et psalmodient en tapant dans les mains en l’honneur du grand saint. Les hommes sous les guitounes du haut, les femmes sous celles du bas. Et nous les enfants, allons des unes aux autres avec délicatesse. Toute ma famille est là, tous mes cousins, tous mes amis et des centaines d’inconnus. Mais aussi et surtout Kheira. C’est la plus belle de mes cousines. Elle est élancée, le regard lové dans ses grands yeux charbonneux est franc. La tête haute et nue donne à voir une longue chevelure noire sur laquelle scintillent de petites étoiles. Je sais que tant que durera la fête, Kheira ne sera pas loin. C’est la Waâda annuelle. Les mules, bardots et chevaux sont attachés aux troncs des eucalyptus alentours, au garde à vous. Des chèvres, trois cinq ou sept, se laissent trainer sans résister vers leur destinée. La fête tourne d’un village à l’autre, une année chez l’un, une année chez un autre. Et Kheira chaque année aussi ravissante. Chaque jour qui passe, du premier au septième, est identique ou presque. Identique dans la nourriture très abondante et peu variée (couscous royal et lait fermenté tous les jours), mais différent dans l’intensité qui le traverse, chaque jour plus forte que le précédent. Les réjouissances commencent très tôt le matin lorsque toutes les jeunes filles y compris Kheira débarrassent ustensiles et restes de la veille de toutes les tentes. Celles du bas comme celles du haut. Je ne quitte pas ses allées et venues. Parfois un adulte me lance un regard oblique pour me signifier une transgression réelle ou par lui fantasmée. Les cousines sont suivies par une flopée d’autres femmes mobilisées pour le nettoyage des gigantesques tentes bédouines. Tous les tapis sont jetés sans ménagement à l’extérieur, sous le soleil brûlant. Ils seront l’un après l’autre nettoyés, cinglés et secoués à quatre, puis déposés de nouveau à l’intérieur des tentes. Cela dure jusqu’à la mi-journée. Lorsque les hommes reviennent de la prière du D’hor, ils imposent une sieste générale qui m’insupporte au plus haut degré. Je hais dormir le jour. La sieste ne profitera pas identiquement à tous. Les unes triment, les autres s’allongent. Vient alors la tombée du jour et avec elle l’effervescence de la veille qui s’anime crescendo. Les repas consommés, les théières passent de groupes en groupes. Les chants, laborieux au début, transpercent la vallée, en contrebas de la forêt de Tarzout, et reviennent en échos. Castagnettes et percussions Qarbaq-qarabaq-qarbaq-qarabaq… du haut, fusionnent dans un total capharnaüm avec les chants et les stridents youyousyouyouyousyouih ! du bas. On danse, on chante et on psalmodie de plus en plus haut, de plus en plus vite. Et moi je suis plus libre encore avec tous mes cousins, mes amis et Kheira en tête. Je sautille, tangue, me reprends, tape des mains en tentant de suivre les rythmes impossibles. Je distingue encore entre quinquets et ombres allongées celles de Kheira la belle. Oubliées la médersa, l’école et autres corvées imposées. Les cousines sont là, sollicitées sans arrêt. Ma cousine sait que je ne la quitte pas d’un regard. Avec mes cousins je m’amuse à chaparder les rares morceaux de viande restant, sans distinction, tant l’excitation est forte. J’en garde un, précieusement, sans rien leur dire, le plus gros, pour l’offrir à ma cousine aux grands yeux, dès qu’une voie s’offrira à moi, avant la tombée définitive du soir, demain.

26 Octobre 2009
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dimanche, novembre 15, 2009

172- Banon, son fromage, son Bleuet





Banon se trouve à 40 km au nord de Manosque, dans les Alpes de Haute Provence (04150).
Nous nous y rendons par la tranquille D 950. Mais les virages sont nombreux. Il fait assez frais en arrivant. Le temps est aussi nuageux, il doit faire 12°. Alentours les feuillages des chênes sont de couleur rouille, les pins eux sont plus jeunes et bien verts et les épines drues.
C’est un village médiéval de mille habitants. Certaines maisons datent du 16° siècle. Banon possède deux églises paroissiales :


l’église Saint-Marc est située au sommet du bourg, elle date de milieu du 17° et l’église Saint-Just-et-de-la-Vierge (église basse) en bas du bourg, construite au tout début du 20°. Dans le vieux centre, l’ancien hôtel-Dieu, qui a été restauré, date de 1850.


Banon est connu pour ses spécialités de fromage « le Banon ».



Sa fabrication est faite selon d'anciennes recettes. Après une période d'affinage, le fromage de chèvre est plié dans des feuilles de châtaigniers. Des arômes bien spécifiques se développent. Le Banon pèse environ 100g. Plus de 600 000 fromages y sont produits chaque année. Le Banon est le seul fromage d’appellation d'origine contrôlée de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Evidemment, à la petite épicerie de la place nous en avons acheté (compter 3.50 à 4 € pièce.) en AOC ou sans.








Mais le village est aussi connu par sa magnifique librairie « Les Bleuets » qui dispose de plus de 100.000 titres ! C’est une des plus importantes de France. J’y ai acheté deux ouvrages magnifiques : le premier est « Abû Nuwas : le vin, le vent, la vie », le roi jouisseur de la poésie bachique et le second « Exit le fantôme » le tout dernier (me semble-t-il) de Philip Roth.

Nous effectuons le retour vers Manosque en passant par le village (et non la ville) de Aubenas (D4100 et D 105) et St Michel l'Observatoire.

mercredi, novembre 11, 2009

171- Boualem Sansal à Montpellier et à Nîmes


Coup de soleil
Lettre d'information n°31 -4 novembre 2009 -p.20

Boualem Sansal à Montpellier et à Nîmes


Grande affluence mardi 22 septembre pour écouter, voir ou revoir la plus belle et la plus hardie des plumes de la littérature algérienne d'aujourd'hui.

Pendant que Boualem Sansal répond aux questions d'une journaliste locale, les gens arrivent et peu à peu la belle salle de la médiathèque Emile-Zola se remplit avec un public varié.

Lors de sa présentation, nous avons loué le talent littéraire de cet écrivain et son engagement politique et citoyen, dans la double lignée de Yacine Kateb et de Rachid Mimouni.

Nous avons rappelé les éloges qui lui ont été adressés par les critiques littéraires les plus prestigieux tout en indiquant que ses romans étaient interdits dans son propre pays. Dans son dernier livre, Le village de l'Allemand, à travers l'histoire improbable et pourtant réelle, d'un Allemand devenu héros de la révolution algérienne et assassiné par les islamistes du GIA, Boualem Sansal interpelle autant la société algérienne que la société française. En raison de cette double interpellation, il était tout naturel que Coup de soleil organise cet hommage. Lorsqu'il prend la parole ce soir là, Boualem Sansal va prononcer une phrase terriblement symptomatique du mal indéfinissable qui ronge l'Algérie et ses créateurs « Ce pays me fait

souffrir ». Il nous dit tout son mal-être lorsqu'il évoque l'éventualité et peut être la nécessité de devoir quitter son pays parce que d'autres l'ont décidé pour lui. Profondément déçu de l'absence de résistance du peuple algérien face à une situation moralement et socialement insupportable, Boualem Sansal nous dit aussi l'impossibilité de fournir une explication logique. Il se lance dans une longue condamnation de tous ces tabous qui verrouillent l'imaginaire des Algériens et les empêchent de construire l'avenir, parce que leur histoire officielle est truffée de non-dits, mais aussi parce que, depuis une vingtaine d'années, ce qui était une spiritualité apaisée a été transformée en morale indépassable et surtout incontestable.

Il nous dit son désespoir lorsqu'il apprend que des barques de harragas ont chaviré et qu'à leur bord avaient embarqué des jeunes gens pleins de vie, fatigués d'assister en direct et tous les jours à leur propre érosion. La teneur des débats a ravi une très grande partie des présents mais elle a laissé beaucoup d'autres sur leur faim, celles et ceux qui auraient tant voulu parler de l'écrivain et surtout de ses livres. Boualem Sansal a retrouvé le lendemain Coup de soleil et les lecteurs gardois du "Coup de cœur 2009" au sein de la bibliothèque Marc Bernard de Nîmes. Le public, trois fois moins nombreux que la veille, ainsi que la petite salle où nous étions installés, ont donné une toute autre dimension à cette rencontre. Dès les premières paroles, Boualem Sansal, ému par la vision que nous avions de son personnage, nous a laissé pénétrer dans son intimité. Il a parlé avec émotion de son épouse tchèque et de leurs deux filles, de l'incapacité de celles-ci à vivre dans son pays, puis de sa seconde épouse qui l'aide au quotidien à supporter les pressions dues à ses écrits. On a donc entendu l'histoire d'un homme et de ses romans, de son style, du choix de son dernier sujet. Si la situation de l'Algérie et l'islamisme ont été évoqués, ils n'ont pas constitué l'essentiel des débats. L'émotion et l'admiration des lecteurs présents étaient indéniables, le respect qu'ils montraient pour l'engagement, la simplicité et le talent de l'auteur du Village de l'Allemand s'entendaient dans les échanges de cette soirée fort chaleureuse.

www.coupdesoleil.net

jeudi, novembre 05, 2009

170 - Hamida nous a quittés



J'apprends à l'instant la disparition de notre amie Hamida Bensadia (le 29 octobre 2009). Je suis très peiné. Nous avions fait ensemble et avec d'autres un bout de chemin côte à côte pour les libertés individuelles au sein de la LDH et du Front des forces socialistes, à Paris.
Je l'ai vue pour la dernière fois au Salon du Livre Maghrébin, à Paris en février dernier.
Qu'elle repose en paix.

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Le Parti de Gauche tient à rendre hommage à Hamida Ben Sadia, décédée jeudi des suites de maladie. Nous sommes nombreux à avoir côtoyé Hamida aux différents moments de son engagement politique et citoyen : dans les mouvements lycéens, le combat antiraciste, plus récemment contre le Traité Constitutionnel européen. Hamida était une féministe, ardente défenseuse des droits de l‘ homme pour lesquels elle a reçu un prix international notamment pour ses prises de position courageuses contre l'intégrisme en Algérie. Elle était également une militante active dans les quartiers populaires de son département de la Seine St Denis. Enfin, même quand sur d'autres causes nos engagements ont été différents, nous avons apprécié sa fraternité. Le Parti de Gauche s'associe à la douleur de ses deux enfants et de ses proches.

in: http://www.lepartidegauche.fr/editos/actualites/954-hommage-a-hamida-ben-sadia
Vendredi, 30 Octobre 2009 21:33
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HOMMAGE DE HOCINE AÏT-AHMED à HAMIDA BEN SADIA

Hamida, la très chère
Hamida, ma très chère

Quand je pense à toi Hamida, tout se bouscule : les discussions politiques, les souvenirs personnels, la chaleur de tant de soirées amicales…Mais dans cette profusion, une idée de toi s’impose: si il fallait incarner la difficulté d’être une femme, et une femme libre, dans nos sociétés, ce serait toi et nulle autre.
Nulle autre car, nous le savons, ta vie aurait pu être fracassée. Seuls t’ont sauvé ton tempérament indomptable et la passion des livres dans lesquels tu t’es réfugiée dès l’enfance.
Malgré tout ce que tu as subi, cette liberté, ta liberté, ne se sont jamais affirmées sur le mépris de valeurs et de traditions qui ont pourtant failli faire ton malheur. Tu es sortie de toutes ces épreuves sans haine, sans ressentiment.
Le miracle, ou plutôt ta force, c’est d’avoir su transformer le malheur en énergie positive, en moteur pour l’action, sur le plan personnel comme sur le plan politique. Ce malheur a fait de toi une femme à la fois fragile et déterminée à changer les choses et les ordres immuables. Une femme mue par une obsession permanente : ne jamais trahir les tiens. Et en cela déjà, tu restes unique.

Comment parler de toi, Hamida, sans t’enfermer dans l’une de tes vies ou dans l’un de tes combats, au sein de notre parti bien sûr, dans tant et tant d’associations, pour les libertés des femmes, pour que les enfants ne soient pas coupés de leur langue d’origine, pour les sans papiers, à la Ligue des Droits de l’Homme…
Ta richesse c’est d’avoir mené, en France comme en Algérie, tous les combats successivement et parfois de front, mais sans jamais les dissocier. Dans toutes ces luttes en effet, tu as toujours eu un seul fil conducteur, un seul dénominateur commun : «le droit, que le droit, rien que le droit», comme tu l’écris dans Itinéraire d’une femme française, le très beau livre que tu laisses comme viatique pour la vie à Kamel et Samy, tes deux fils tant aimés.
«Le droit, que le droit, rien que le droit», écho aussi à ta volonté initiale et radicale de refuser l’enfermement et de décider toi même de ta propre vie.

Comment rendre hommage à une comète ? Ce n’est pas une formule. Il y a trop d’affection et trop de respect entre nous pour que les formalismes de circonstance et bien de «chez nous» aient place entre toi et moi. Cela n'a d'ailleurs jamais été le cas. Dans notre Algérie de trahisons, ta loyauté s’est en effet toujours conjuguée avec «vérité». Tu as su me dire sans détour les choses qui fâchent avec la liberté de parole, la bienveillance …et la capacité de propositions concrètes qui te caractérisent. Ton fameux "volontarisme positif" Hamida.

Pourquoi occupes-tu une place toute particulière pour moi Hamida ?
Est-ce parce que j’ai vu en toi une insoumise viscérale mais responsable? Est-ce à cause de ton exigence radicale, pacifique et décomplexée d’égalité, de justice et de liberté ? Est-ce à cause de ta détestation des faux semblants et de tous les dogmatismes?

Je revois notre première rencontre. C’était à Alger en 1990 et tu «gérais» une assemblée générale de notre parti. Tu n’avais pas 30 ans et au milieu de cet aéropage à la composante bien masculine, ta maturité et ta lucidité politiques annonçaient la militante atypique que tu allais devenir.

Je te l’ai dit : si tu représentes comme personne cette génération de femmes issues de l’immigration, c’est aussi parce que tu as su prendre le meilleur des valeurs de notre société. C’est le formidable héritage que tu laisses à Kamel et Samy, tes enfants auxquels nous pensons tous très fort aujourd’hui.

Hamida, ma très chère, ta passion du dialogue et de la concertation, ta lucidité, ta révolte et ta tolérance, tes coups de gueule, ton humanité, ton rire, ta capacité à ne jamais baisser les bras, même devant la maladie qui nous prive de toi aujourd’hui…Je voulais juste te dire que tout de toi nous manque déjà atrocement.

Hocine

in: http://www.algeria-watch.org/fr/article/div/hommage_haa_hamida.htm

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