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mercredi, juin 30, 2010

203 - L'Amer Jasmin de Fès (avant-goût n° 2)


Pour être plus juste il me faut dire « presque jamais effleurées ». Car ces sentiments violents que je ressens aujourd’hui, je les ai connus lorsque j’ai rencontré ma compagne (j’y reviendrai). Ils ont traversé une partie de ma vie. Mais la première fois, la fois où je les ai découverts, c’était au sortir de l’adolescence. Ce fut un tremblement de corps, un choc. A l’aube de mes dix-sept ans je fus immergé dans une situation jamais connue auparavant. Elle a duré près de trois années durant lesquelles j’ai vécu dans un monde nouveau, noyé dans des sentiments que je trouvais étranges alors. Je baignais dans de la ouate, dans une sorte de bien-être candide. Le bonheur. Les responsables s’appelaient Linda et Louisa. Deux soeurs jumelles. Elles étaient brunes et fines, le sourire toujours au rendez-vous. Bien faites et bien attentionnées. C’étaient les filles du meilleur boulanger du quartier. Elles le remplaçaient dès qu’elles pouvaient. C’était à Gambetta, notre Eden, un quartier populaire qui se situe à l’est d’Oran. Très dévoué, je me portais souvent volontaire pour acheter le pain pour mes parents, parfois même pour les voisins ou les amis. Sur le chemin j’étais toujours animé du secret espoir de croiser l’une ou l’autre. J’étais amoureux éperdu des deux. Je baignais dans du coton, dans un bien-être naïf. Elles s’appelaient Linda et Louisa. Elles souriaient souvent. Toujours attentives. J’avais dix-sept ans et elles quinze. La situation ne prêtait pas à rire malgré les confusions et les quiproquos inévitables et compréhensibles qu’elle engendrait de temps à autres. Les deux soeurs ont paralysé mon coeur des années durant. L’état dans lequel je me trouve aujourd’hui est très proche de ma condition durant cette adolescence finissante, la candeur en moins. Jamais depuis cette époque-là je n’ai éprouvé de telles émotions. Jusqu’à récemment (quant à ma compagne j’y reviendrai). Les eaux ont coulé sous les ponts du traître temps déléguant à la mémoire la charge du tri. Aujourd’hui je suis plus proche de l’aube du crépuscule hivernal et ce qui m’arrive est aussi intense que mes amours printanières. Je reviens à l’agenda professionnel pour dire qu’il est insuffisant. Il ne peut contenir à la fois les préoccupations des stagiaires, les comptes-rendus de réunions, enfin toutes sortes d’informations concernant mon quotidien professionnel très ordinaire et les sentiments que j’éprouve. Je ne peux y porter ce que j’ai besoin d’écrire à propos de cette tension interne, de ce mouvement, de cette force qui m’est tombée dessus, de cette lame de fond, de cette déferlante arrivée de je ne sais où sans m’avertir. Dieu m’est témoin, je me suis rangé depuis quelques années déjà. Et là, cette vague belle comme une Hawaïenne, forte comme le Kilauea et haute comme une cordillère andine, source de jouissances et de drames intimes, est, chaque jour qui passe, plus ensorcelante, plus magique et plus irrésistible. Elle m’aspire tel un fétu de paille charrié par un canal en furie. Car enfin, je suis bien emporté par un tsunami dont j’ignore tout. Alors voilà, je continuerai à tenir un agenda pour le travail et dans ce cahier à spirales que j’ai acheté pour l’occasion, je consignerai toutes les vérités au profit de mes mensonges, tous les artifices au service de ma sincérité. Ce cahier sera moi et ne le sera pas. Cela dit, son contenu ne ressemblera en rien (ou si peu) à la longue histoire que j’ai relatée dans un livre, il y a de cela bien longtemps. C’était alors une histoire (enfin presque). Peut-être y reviendrai-je. Au début de ce mois de septembre j’ai fait une rencontre qui, depuis, ne cesse d’ébranler mon quotidien, secouer mon être. Une rencontre inouïe. Voilà pourquoi j’ai décidé de la raconter dans le détail dans ce cahier. Raconter cette rencontre et la vie qui en suit. Ce cahier abritera un pan de mon histoire, celle qui me lie à Katia. Ka-ti-a. Trois syllabes tirées par les cheveux, aussi légères et fragiles que trois balles de tennis multicolores à la merci d’un jongleur qui s’en délecte, l’une après l’autre. Tantôt l’une tantôt l’autre, lancées à tour de rôle de bas en haut, puis récupérées et lancées de nouveau dans le désordre. Trois syllabes sources de l’authenticité. Ce cahier m’accompagnera tant que durera cette surprenante et magnifique relation. J’y rapporterai les faits, mes appréciations, mes sentiments. S’il m’était possible d’enregistrer sur bandes mes sentiments à l’état brut, je le ferais ! Je coucherai dans ce cahier tout ce qui se rapporte de près ou de loin à notre relation et que je jugerai intéressant.
A suivre...

samedi, juin 26, 2010

202 - L'Amer Jasmin de Fès (avant-goût n° 1)

Aujourd’hui je suis un homme heureux. J’ai décidé d’entamer ce matin 24 septembre ce journal personnel. Je donnerai dans un instant les raisons qui m’y ont amené. Auparavant il me faut donner un certain nombre d’informations. J’habite dans la ville d’Orgon et travaille à Cavaillon, deux bleds perdus et tranquilles de ce sud de la France tant chanté. J’exerce comme formateur dans un centre de formation alternée. Son nom est « Sud Formation ». De nombreuses formations y sont dispensées, qu’elles soient qualifiantes ou non. Des actions d’accompagnement à l’emploi sont aussi proposées. Quant à la formation que personnellement je prodigue et dont je suis le référent, elle a pour objectif général la transmission aux stagiaires des savoirs de base en français. Son intitulé officiel est « Formation linguistique de base, FLB. » Elle dure environ trente sept semaines : une trentaine en centre de formation, le reste en entreprise. Certains stagiaires viennent de pays d’Europe, d’Asie ou d’Afrique. D’autres sont nés en France, y ont grandi. Nombreux sont originaires du Maghreb, venus depuis peu rejoindre leurs parents dans le cadre du regroupement familial. La plupart des parents Maghrébins (les pères) sont employés dans l’agriculture. Tous les stagiaires sont âgés de moins de vingt six ans. Ils résident à Orgon, à Cavaillon ou dans les villages environnants. On les nomme bénéficiaires, apprenants, élèves, stagiaires… peu importe. L’usage au centre nous les fait désigner par le terme de stagiaires. Le matin, de ma voiture, il m’arrive d’en apercevoir quelques-uns se dirigeant vers l’arrêt de bus ou vers la gare ferroviaire.
Orgon et Cavaillon sont des villes très anciennes. On les trouve citées dans des documents du douzième siècle pour Orgon et du quatrième pour l’ancienne Cabellion. Cavaillon est une petite ville d’à peine 25.000 habitants, « opulente, elle s’étale dans la vallée de la Durance » à deux doigts du Parc naturel régional du Luberon. Ancienne ville de calcaire, de soie et d’église, Cavaillon fut impliquée dans la croisade des Albigeois (en l’an 1208). Aujourd’hui la ville s’est embourgeoisée. Elle vit dans la paix et demeure le premier marché fruitier et maraîcher de France. Quant à Orgon c’est plus une bourgade qu’une ville. Elle s’est développée autour de son château. Elle est la patrie du poète Antoine Pomme. Ses prétentions à devenir la capitale mondiale du carbonate de chaux sont tenaces. Ses trois mille habitants, pièces rapportées comprises, en sont assez fiers. Orgon et Cavaillon comme nombre d’autres villes et villages de la région distillent depuis la nuit des temps nonchalance et poésie. Ces gros villages somnolent trois saisons, stridulent, chantent et dansent le reste du temps. Marseille la capitale régionale se situe à une heure de route.
Je suis donc formateur dans un centre de formation alternée à Cavaillon dont le nom est « Sud Formation ». Je suis le référent d’une action qui s’intitule « Formation linguistique de base » et qui dure environ neuf mois.
Maintenant j’en viens à ce journal. D’emblée il me faut préciser qu’il n’est pas dans mes habitudes de noter mes faits, mes gestes. Tenir un journal intime pour appeler à l’aide ou pour laisser une preuve de mon passage sur cette terre est si loin de moi. Cela ne me ressemble pas. Comme chaque formateur je dispose d’un agenda dans lequel je porte toutes sortes d’informations concernant mon travail : le contenu de la formation, les préoccupations des stagiaires, les comptes-rendus de réunions, les critiques… enfin toutes informations que je considère utiles à mon travail. Mais cet agenda est insuffisant. Il ne peut contenir à la fois ces informations-là qui relèvent d’un quotidien professionnel très ordinaire et des états d’âme et des sentiments le plus souvent violents que j’éprouve depuis quelques jours et qui m’acculent dans des limites que je n’ai jamais auparavant effleurées.

Editions Edilivre, juin 2010.

A suivre...

lundi, juin 07, 2010

201- Lol et moi

Katia et moi devions nous rendre à Avignon, mais elle préfère se rendre à Marseille. Katia ne s’intéresse ni à l’architecture des bâtiments qui bordent le vieux port, ni au Bar de la marine, ni encore à la Bonne Mère. La Canebière ou la Porte d’Aix ne lui parlent que dans la mesure où elles tracent le chemin. Elles sont des repères, des points cardinaux à partir desquels s’inscrit en ligne de mire el-Marchi souleil et les mille boutiques de fringues. Nous commençons par le souk. Katia en connaît les moindres recoins et tous les us et les codes. Sur le bout des ongles vernis de ses orteils. Sa curiosité s’évite tout repos et ne ménage pas ses efforts. Cette déambulation interminable dans cette promiscuité lourde m’insupporte. Katia a choisi les fringues alors qu’elle avait promis une ballade intelligente. Après le marché Katia me fait entrer dans les magasins de l’avenue d’Aix. « Que penses-tu de cette chemise, de sa couleur ? Ça ci dimoudi. Tiens, regarde, que dis-tu de cet ensemble ?... » Soutien-gorge et string brodés, doublure coton, composition : 90% polyamide, 10% élasthanne. Je regrette Pagnol. Elle me cherche, ma parole elle me cherche. Si elle nous libère d’une boutique c’est pour nous plonger dans une autre. « Et ce Tee-shirt, je le prends ? il i super, super, je le prends. Rouge. Rouge ou beige ? rouge, je prends le rouge. » La pub indique « haut en coton, facile à assortir, il se porte avec tout, en semaine ou le week-end. Encolure rebrodée, finitions surpiquées. Base arrondie. Longueur 52 cm environ, 100% Coton. » Une autre étiquette indique : « 16 € 90. » Elle fait deux pas, puis revient aux Tee-shirt pour en prendre finalement deux : un rouge et un beige, ainsi qu’un bustier et trois culottes quelconques. Les étiquettes c’est pour ma pomme. Le Bar de la marine pourtant… En face, l’immense miroir de 3m de haut sur 7 de long s’exprime dans toute sa splendeur, dans toute son arrogance. Il couvre le grand mur du fond du magasin, me fait le même effet que celui de la parfumerie il y a quelques semaines. Il me renvoie à la figure une sorte d’être difforme et gras, pas plus haut que trois pommes trois quarts. Je me trouve enlaidi, vieilli. Je ne me reconnais pas. Est-ce la faim qui me joue des tours ? Le sourire discret que je tente est teinté de mélancolie. Il n’améliore pas mon image, il la dégrade. Je suis pitoyable. Le pantalon glisse. Il ne tombe pas comme ces pantalons denim, ces Baggy à la mode dont les poches de l’arrière tombent sur le bas des fesses des djeuns, qui sont faits pour cela, pour tomber sur les fesses des djeuns, bien dans leur peau de djeuns, avec leur casquette vissée sur le crâne. Non, pas comme ça. Le mien tombe tout simplement comme un pantalon de vieux qui ne tient pas aux hanches et à cause d’elles, les hanches. Ah Marius et la belote… J’ai envie d’uriner. Katia est plongée dans un rayon de Tee-shirts ‘Texas’, ‘Indians’, ‘Collège 13’ et d’autres encore. Elle ne me voit pas sortir. Je traverse la rue et commande une portion de pizza que j’avale sur le pouce. Dans le café mitoyen je me soulage avant de regagner le magasin. Katia ne m’entend pas, ne me voit pas arriver. Ses yeux sont toujours rivés dans le même rayon de Tee-shirts. Et ce miroir qui ne fait pas dans la dentelle, qui ne fait aucune concession, qui me fait une drôle de tronche où que je me déplace. Je suis égaré. Alors que ma Lolita y apparaît comme une starlette des plus beaux films de Bollywood, comme une sœur de miss Aishwarya Rai, comme un mannequin de chez Dior ; moi à ses côtés je me trouve rabougri, fané, décati. Moche forcément. Mais je le garde pour moi. Je me console en râlant contre tout. Et Katia, il me faut la bousculer pour qu’elle daigne lever sur moi un regard du coin de l’œil. Je crie « ça va maintenant ! » et je crie de nouveau « ça suffit ! » Habituellement, avant d’agir, je prends toutes les précautions d’usage. D’usage oui. Toutes les précautions dictées par les lois, saletés de lois, les lois du groupe. Là l’envie m’étrangle d’être moi-même, de crier sur le champ. Dire aussi ce que j’ai à dire à Katia. Son égoïsme, Le vieux port, le cinéma, les promesses quoi. Mais aussitôt une dizaine de clients affolés, nous entourent. Peut-être qu’aux yeux de ces gens et de Katia je suis en passe de disjoncter. Et je crie encore sans me rendre tout à fait compte que je suis en train de péter un câble comme dirait ma fille, plus âgée que Katia. Je gesticule, tente d’extraire ma lol du groupe qui commence à s'étoffer. Elle résiste et prononce des mots que je ne retiens pas. De vilains mots sans doute. Il me paraît normal que je crie, que je fasse de grandes roues avec mes bras, que je me précipite vers le miroir pour l’écrabouiller, que je veuille anéantir le magasin. Trois vigiles tombés du ciel me plaquent contre le sol. J’étouffe puis me rends. Je désirais seulement, un moment, être enfin moi-même. Je me dois hélas, de revêtir ma toque habituelle au grand dam de mon être profond. Ils me traînent jusqu’au seuil du magasin et me jettent contre une Mercedes en stationnement. Vide, heureusement pour moi.

Juin 2010

mercredi, juin 02, 2010

200- Colonialisme Israélien

Manif à Marseille le lundi 01 juin, jour de l'agression.



L'état colonial sioniste a encore frappé. Cette fois des pacifistes du monde meurent sous les balles de l'Etat hébreux.
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RUE89: Nous, juifs de la diaspora, disons non à l'égarement d'Israël
Par Esther Benbassa | Historienne, dir. d'études à l'EPHE... | 01/06/2010 | 11H44

L'historienne Esther Benbassa, auteur en 2006 d'« Etre juif après Gaza », réagit ici à l'assaut meurtrier donné, lundi au large de Gaza, par un commando israélien sur une flottille humanitaire pro-palestinienne. Celle qui a signé « l'Appel à la raison » du collectif J-Call condamne « le pas de plus d'Israël vers le pire ».

Les commandos de la marine israélienne ont donné l'assaut lundi contre six bâtiments de la « flottille humanitaire pour Gaza » à bord de laquelle se trouvaient des militants pro-palestiniens et du matériel de construction et de santé. Cette flottille naviguait dans les eaux internationales. On compte des dizaines de blessés et entre dix et dix-neuf morts selon un bilan provisoire.

Même si cette flottille avait peu de chances d'atteindre son objectif, à supposer même qu'elle ait provoqué les commandos israéliens et qu'elle ait, comme le suggèrerait une source officielle israélienne, manifesté une « violente résistance physique », Israël s'est attaqué à un symbole, à un symbole « humanitaire ».

Son image, déjà dramatiquement entamée par l'offensive contre Gaza en décembre 2008 et janvier 2009, ne pourra que se détériorer davantage, et comme il est d'usage, suivra une hostilité accrue des opinions publiques à son endroit.

D'autant plus que le symbole visé est celui de l'aide apportée à des civils palestiniens étouffés par le blocus israélo-égyptien, décimés par l'offensive contre Gaza, réduits à la misère et vivant au milieu des ruines. Ce sont ceux-là même qui convoyaient cette aide qui ont perdu leur vie en raison de leur engagement humanitaire.

Quelle qu'ait pu être leur éventuelle « résistance » à des militaires israéliens les attaquant hors des eaux territoriales d'Israël, aucune rhétorique ne saura fournir des arguments pour justifier cette barbarie, ni bien sûr aucune propagande pro-israélienne.

Ni la menace terroriste ni le fantôme régulièrement invoqué du méchant Iran travaillant à l'élimination d'Israël ne pourront justifier l'arrogance de ce dernier, qui tire honteusement parti de l'immunité que lui confère la Shoah.
Du Struma à l'Exodus, Israël perd de vue son histoire

Israël a oublié ce passé même qu'il rappelle pourtant sans cesse au monde pour couvrir ses propres méfaits. Rappelons-nous ces bateaux remplis de juifs fuyant l'Europe meurtrière qui tentaient d'accoster ici ou là pour échapper au massacre, et qui étaient refusés, repoussés ou torpillés comme le Struma en Mer Noire en 1942.

Même si ce qui s'est passé ce 31 mai à l'aube avec la « flottille humanitaire pour Gaza » n'a pas de points communs avec ces précédents tragiques, l'image du bateau, cible de violences, à l'approche des côtes israélo-palestiniennes, l'image, elle, est prégnante.

Qui ne se souvient encore de l'Exodus, qui transportait en 1947 des juifs émigrant clandestinement d'Europe vers la Palestine, à l'époque sous mandat britannique ? Un grand nombre d'entre eux étaient des réfugiés ayant survécu à l'Holocauste. La marine britannique s'empare du navire, et la Grande-Bretagne décide de renvoyer ses passagers en France et finalement jusqu'en Allemagne. Cet épisode, témoignage de la dureté de la répression britannique, donnera un coup de pouce à la création de l'État d'Israël.

Il est à espérer que ce qui s'est passé ce 31 mai précipitera les pourparlers israélo-palestiniens et la fondation d'un État palestinien. Mais quand bien même cette issue se confirmait (ce dont on peut tout de même douter dans l'immédiat), l'histoire d'Israël aura été une fois de plus terriblement entachée.

À qui oublie son histoire, il n'est pas d'avenir possible. Les Israéliens ont oublié leur histoire et poussent les diasporas juives à faire de même au nom de l'amour inconditionnel qu'Israël exige d'elles.
Le raid est un signal d'alarme pour l'Europe et les Etats-Unis

La « flottille humanitaire pour Gaza », hélas dans le sang, est un signal d'alarme non seulement pour Israël mais aussi pour l'Europe et les États-Unis. Le premier cédant aux démons d'une droite intransigeante. Les seconds, dans leur légèreté et leur tolérance excessive, se révélant incapables de mettre le premier au pied du mur. Cette fois, le moment est venu.

Au premier anniversaire de l'offensive contre Gaza, c'est à peine si les médias ont évoqué le souvenir de cette catastrophe. Le rapport de Richard Goldstone, accusant Israël et le Hamas de crimes de guerre, a été enterré. Et comme pour récompenser Israël (mais de quoi ? ), on lui a ouvert les portes de l'OCDE.

Un Etat palestinien dans les plus brefs délais, par l'intervention directe et autoritaire de l'Europe et des États-Unis, voilà ce qu'il faut désormais.

Et ce non seulement pour que les Palestiniens sortent de leur cauchemar, mais pour éviter aussi à Israël de poursuivre une politique suicidaire qui risque de le mener à court terme vers la disparition.
La Turquie, victime collatérale de la politique suicidaire d'Israël

N'oublions pas que le syndrome de Massada est inhérent à Israël. Dans l'Antiquité, à Massada, des Judéens assiégés préférèrent se suicider plutôt que de négocier avec l'ennemi d'alors, les Romains.

Après l'affaire de la flottille rouge du 31 mai 2010, Israël, s'il n'en est pas empêché par des tiers, pourrait bien se refermer davantage sur lui-même, essuyant de manière autiste les retombées internationales, et continuant de rationaliser à ses propres yeux et dans sa propre prison jusqu'aux actions les plus inhumaines.

Songe-t-on seulement aux juifs de la diaspora qui pâtiront eux aussi des retombées de cette affaire ? Le ressentiment contre Israël se confondra un peu plus avec un antisémitisme de moins en moins rampant.

À ce propos, a-t-on suffisamment relevé que la plupart des victimes sont turques ? La Turquie, dans les années 1930, est aussi le pays qui a accueilli nombre d'intellectuels juifs allemands persécutés, qui, pendant les années noires, a autorisé le passage de militants sionistes fuyant l'Europe pour la Palestine, et qui a été longtemps le seul Etat musulman à reconnaître Israël. Osons espérer que nulles « représailles » ne viendront toucher, désormais, les 20 000 juifs qui y vivent encore.
Le J-Call saura-t-il condamner l'égarement d'Israël ?

Ce 31 mai est une épreuve test pour le collectif « J-Call », ce mouvement né d'un « Appel à la raison » lancé il y a peu par des juifs européens qui, bien qu'attachés à Israël, entendent exercer leur droit de libre critique de la politique de ses gouvernants. J-Call saura-t-il se démarquer clairement et courageusement des positions radicales d'institutions juives comme le Conseil représentatif des instituions juives de France (CRIF), attachées à Israël de façon nombriliste et prêtes à tout admettre de lui, y compris le pire ?

Certains d'entre nous ont signé cet appel, malgré leurs réserves. J-Call tiendra-t-il ses promesses ? Agira-t-il sans délai ? Condamnera-t-il, sans réserve, lui, ce qui est arrivé ? Exigera-t-il l'ouverture immédiate d'une enquête internationale indépendante ?

L'heure est grave pour toutes les organisations juives de la diaspora. Au nom des morts de la flottille, victimes de l'impunité israélienne, au nom de l'histoire que nous portons, nous, juifs de la diaspora et d'Israël, pour que les souffrances des Palestiniens puissent prendre fin, et qu'un Etat palestinien puisse enfin voir le jour, recouvrons notre simple humanité et disons non à l'égarement d'Israël.

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Esther Benbassa a récemment publié « Etre juif après Gaza » (CNRS Editions, 2009) et « Dictionnaire des racismes, de l'exclusion et des discriminations » (Larousse, 2010).


in: http://www.rue89.com/passage-benbassa/2010/06/01/nous-juifs-de-la-diaspora-disons-non-a-legarement-disrael-153074
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Massacre de civils en haute mer : Israël en toute impunité

Au moins seize personnes ont été tuées suite au raid meurtrier mené par l’armée israélienne, hier, contre la caravane humanitaire internationale « flottille de la liberté » chargée d’aide humanitaire à destination de l’enclave palestinienne de Ghaza. Avant même que les six navires ne pénètrent dans les eaux territoriales en face de Ghaza, une unité de commandos de la marine israélienne les a interceptés, hier, à 4h de manière très violente. Arrivés en hélicoptères, des centaines de soldats israéliens hyper-armés ont pris le contrôle des bateaux par la force. Le carnage a eu lieu à bord du bateau turc réservé aux militants des droits de l’homme, lorsque les soldats israéliens firent usage de leurs armes, tuant 16 militants dont une quinzaine seraient de nationalité turque, comme l’a affirmé une organisation humanitaire de ce pays.


Ghaza. De notre correspondant

Pas moins de 30 militants des droits de l’homme dont le cheikh Raed Salah, un Palestinien de nationalité israélienne et islamiste, connu dans les territoires palestiniens pour sa défense de la mosquée d’El Aqsa et de la ville sainte contre la judaïsation, qui a été grièvement atteint, ont été blessés au cours de l’assaut israélien. Mais toutes ces informations ne sont pas définitives puisque tous les contacts ont été coupés avec les 750 militants issus de 40 pays différents, quelques minutes après l’investissement des bateaux par les soldats israéliens. « Nous n’avons aucun contact avec nos membres car Israël a bloqué toutes les communications satellitaires », a affirmé peu après l’assaut des soldats israéliens, depuis Chypre, Greta Berlin, porte-parole du Mouvement Ghaza libre. « Les seuls éléments que nous avons, c’est grâce à la vidéo qui était diffusée en direct depuis le bateau turc. » Ces images montrent des commandos israéliens arrivés par hélicoptère atterrir sur le pont du bateau et ouvrir le feu. « Ce n’est pas une confrontation, c’est un massacre. Nous n’avons pas d’armes. Nous avons été attaqués, et non le contraire. Ce qu’a fait Israël est illégal, nous étions dans les eaux internationales. »
Piraterie

Le capitaine du bateau 8000, a bord duquel a eu lieu le massacre, en référence au nombre de prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes, de nationalité grecque, gravement blessé par des balles israéliennes, a refusé d’être soigné en Israël et a exigé d’être rapatrié en Grèce. Avikhai Deraai, le porte-parole de l’armée israélienne a tenté de justifier cette boucherie par une tentative de résistance de la part des militants des droits de l’homme présents à bord du bateau 8000, spécialement affrété pour les passagers que sont les militants internationaux, prétendant que les soldats israéliens ont fait face à des personnes armées de barres de fer, d’armes blanches et que l’un des activistes a tiré contre les soldats à l’aide d’un fusil automatique arraché à l’un d’entre eux. La radio israélienne a annoncé que la police israélienne a déclaré l’état d’alerte maximale dans les villes palestiniennes, en territoire israélien, surtout après la blessure de Raed Salah, et qu’un grand nombre de policiers a été mis en état d’alerte en prévision de la possibilité de déclenchement de manifestations et actions de protestation. La police israélienne a tenu, hier matin, une réunion urgente, au cours de laquelle il a été décidé de fermer les portes de la mosquée d’El Aqsa, pour éviter les rassemblements dans la ville sainte d’El Qods, la fermeture des points de passage entre Ghaza et Israël, et le renvoi des camions chargés d’aide humanitaire, ainsi que la mise en état d’alerte de ses équipes ambulancières et médicales pour faire face à toute explosion de la situation.
Pas de nouvelles des dix députés algériens

Hier à la mi-journée, aucune information sur le sort de 10 parlementaires algériens qui étaient parmi les militants solidaires avec la population de la bande de Ghaza n’a filtré. L’un des bateaux arraisonnés par la marine israélienne, chargé d’aide humanitaire et d’une centaine de maisons préfabriquées destinées aux Palestiniens dont les maisons ont été détruites au cours de la dernière guerre contre Ghaza, est algérien. Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, a qualifié l’opération israélienne de « massacre » et décrété trois jours de deuil dans les Territoires palestiniens. Dans la bande de Ghaza, où les gens sont très en colère contre Israël pour le mauvais traitement réservé à des personnes qui ont perdu la vie pour montrer leur solidarité avec eux, les différentes factions palestiniennes ainsi que les organisations non gouvernementales ont organisé des manifestations populaires de protestation contre l’acte israélien inhumain. Ismaïl Haniyeh, le Premier ministre du gouvernement du Hamas à Ghaza, a déclaré la grève générale pour une journée dans toute la bande de Ghaza. Haniyeh a dénoncé ce qu’il a appelé « un crime et un scandale politique et médiatique qui aura des conséquences sur l’occupation ». La communauté internationale a été choquée par autant de violence contre des militants de droits de l’homme mais comme elle nous a habitués a des positions généralement sans conséquences sérieuses sur l’Etat hébreu, rien ne dit, que, cette fois, ce crime sera puni.


Par Fares Chahine
In El Watan Mardi 01 juin 2010

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