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dimanche, mars 27, 2011

249 - Un aller improbable à Oran


En décembre dernier j’ai décidé de prendre quelques jours de vacances. Un bon bol d’air du bled ne me fera que du bien. Une dizaine de jours suffit. Le premier samedi du mois, à quatorze heures quarante, j’ai pris le vol Marseille Oran, prévu pour douze heures trente, dans un airbus affrété par la mystérieuse compagnie aérienne algérienne KawKaw. Une entreprise privée qui a décollé étonnement plus vite que ses appareils, qui a détrôné en médiocrité la célèbre compagnie étatique, AA. Elle a détourné de la société publique de nombreux commandants de bord et des centaines d’agents divers sans que cela n’émeuve qui que ce soit, ni le quidam, ni le politique, ni le général. L’airbus devait prendre les airs à midi-trente donc. J’ai pris un cachet trente minutes avant l’heure d’envol, soit à midi, comme le stipule la notice du médicament contre le mal des transports. A midi quarante on nous a annoncé un retard dont la durée n’a pas été précisée, ignorés le retard, les passagers, la bienséance. « Mercalm » a produit son effet alors que j’étais encore dans la salle d’attente, vissé à un bout de banc. En quelques minutes je me suis assoupi car le médicament contient du diménhydrinate et de la caféine… L’envol a eu lieu à quatorze heures quarante au mépris des passagers silencieux. J’étais complètement éveillé et la trouille s’égayait dans mon ventre mou. Je suis resté immobile dans le siège, agrippé à la ceinture. J’aurais préféré une camisole. Je posai les yeux sur les lignes d’une page d’un journal ordinaire, puis sur celles d’une autre, puis d’une troisième. Je lisais et relisais, m’attachais à traduire le moindre mot obscur, à lui trouver un synonyme, à guetter d’éventuelles fautes de style ou maladresse, à commenter telle ou telle image, à comparer les couleurs, les caractères, parfois même à chatouiller mes narines avec cette odeur d’encre des rotatives, encore prégnante… J’ai tout lu, tout vu, tout senti. Rien n’a pu m’extraire du canard, pas même la sueur qui perlait sur le nez, sur les yeux, pas même l’hôtesse qui insistait, raseuse « désirez-vous du thé ? » Je ne prêtais qu’une attention détachée aux unaccompagned minor qui braillaient, aux allées et venues mouvementées vers les toilettes, aux commentaires déplacés ou non des uns et des autres. Je n’ai pas eu le temps de réfléchir à quoi que ce soit d’autre ou si peu. Evidemment de temps à autre une rapide et discrète prière, la Ilaha illa Allah,  me rappelait à la superficialité de mon être, je suais alors de plus belle. Je déteste prendre l’avion, vous le savez tous. Lors de l’atterrissage mes mains sont demeurées agrippées, littéralement accrochées aux accoudoirs du siège, humide par la force des choses, jusqu’à ce que les roues de l’engin crissent sur le tarmac salvateur. Peu après je respirai une bassine d’air vicié de la Sebkha, qui s’est engouffré dans la cabine du zinc, aussitôt qu’on ouvrit ses portes convexes.
La Sebkha est le nom donné à l’immense étendue d’eau salée et pourrie qui jouxte la ville par son sud-ouest. Vous le saviez ? excusez-moi. Il ne serait pas juste de dire que les formalités douanières furent exécrables. De l’aéroport un taxi m’a emmené jusqu’à la maison, à Arzew. C’est une belle ville côtière Arzew, elle se trouve à une quarantaine de kilomètres de là. Vous le savez aussi peut-être ? Je suis rentré directement chez mes hôtes qui s’impatientaient.
Lamia a passé dix jours là-bas dont elle n’oubliera pas les aléas de sitôt. Cette aventure en effet, est arrivée à Lamia, oui Lamia la plus populaire des écrivains maghrébins et la plus respectée pour ses descriptions sans concessions de la société archaïque, intolérante à l’égard des femmes. Cette histoire elle ne me l’a pas contée lors de son passage express au Salon du livre de Paris en mars dernier, non, pas du tout. Je l’ai entièrement inventée, cette histoire. Lamia est réputée détester les avions. Elle n’en a jamais pris et n’en prendra jamais à ses dires. Quant à moi, cher lecteur, je vous ai montré qu’il m’était possible aussi d’inventer des textes improbables. Lamia elle, me pardonnera, puisqu’elle n’existe pas.
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248 - Le mont Ventoux


Quoi de plus naturel en cette matinée de dimanche, que d'aller faire découvrir à notre ami H., venu de Paris les beautés qui nous environnent. Parmi celles-ci figure Le Géant de Provence, le célèbre Mont-Ventoux (le mont où il vente de partout), sur les hauteurs de Bedoin (si, si ! ).


Nous y sommes allés. Le temps est plutôt frais et le ciel brumeux. On n’y voit hélas pas au-delà de 200 mètres. Mais nous avons pris quelques photos. Il n'a pas venté.

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http://www.bedoin.org/Notre histoire :
 Bedoin et le Ventoux.
Le Mont Ventoux et Bedoin, indissociables dans ce paysage comtadin !



D'aussi loin qu'on l'aperçoive, la silhouette massive de cette montagne impose le respect mais suscite aussi l'envie de la gravir et de s'imprégner de ses paysages.


Au gré des saisons, le Ventoux vous offre des couleurs différentes, se parant tour à tour de son blanc manteau sous un ciel azur ou laissant apparaître au printemps et à l'automne une explosion de couleurs.
A Bedoin, la Provence vous montre un de ses visages les plus attachants, entre forêts, vignobles et cultures fruitières.
A travers des ruelles, Bedoin vous invite à la découverte de ce petit monde provençal. Fontaines et platanes vous incitent à la flânerie et à profiter de cet art de vivre propre aux pays du Ventoux.
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Le Mont-Ventoux, qui culmine à 1912 mètres, est légendaire, vénéré par les poètes, redouté par les cyclistes, site d'observation privilégié des scientifiques. Le Géant de Provence et sa
silhouette majestueuse, dominent et fascinent. Que ce soit à pied, à cheval, à vélo, ou même en voiture, il y a de nombreuses façons de découvrir ce magnifique environnement
naturel. La spécificité et la richesse naturelle de la vie ici ont été reconnues par l'UNESCO, qui a classé le Mont-Ventoux en réserve de biosphère afin de concilier le développement économique et la protection de ce site unique.
Les forêts du Mont-Ventoux sont un site d'activités permanentes, avec cyclistes, bergers, chasseurs, scientifiques ou ramasseurs de champignons.

samedi, mars 26, 2011

247 - Hamid SKIF est mort


Hamid Skif. Jalons d'une œuvre-vie
Quand les souvenirs...
  El Watan 26.03.11

Hamid Skif (Oran, 21 mars 1951- Hambourg, 18 mars 2011) est mort un mois après Rachid Bey, décédé le 15 février 2011 à l’âge de 65 ans.
Avec eux s’en va une partie de l’ex-jeune poésie algérienne dont ne demeurent que quelques traces immobiles que je tente ici de ravir à l’oubli avec le moins de subjectivisme possible.
J’ai rencontré Hamid un mardi d’octobre 1970 dans la «cave-vigie» de Jean Sénac (1926-1973), lequel était à la veille de son départ en France pour la publication de son «Anthologie de la jeune poésie algérienne»(1). Rassembleur, il avait réuni quasiment tout son cénacle (ou «sénacle» ?) pour la dernière mise en œuvre de son ouvrage et l’ultime parole juste. Agés d’à peine vingt ans (sauf les regrettés Youcef
Sebti et Rachid Bey ainsi que Abdelhamid Laghouati devenu gardien d’un fortin en ruine du côté de Grenoble), nous étions tous intimidés devant le Maître, à l’exception de Skif qui semblait d’une grande familiarité avec lui, laquelle nous avait désappointés.
Sa fantaisie et son insolence devaient désaltérer le Poète qui, enfant naturel, était si fier de son «enfantement» : les jeunes poètes et peintres algériens de toutes origines et communautés. Le Poète parla crescendo à son auditoire, tempêtant contre ceux qui s’opposent déjà dans le journal de la JFLN à la parution de son anthologie(2), arguant des pages de promotion des journaux parisiens qui l’attendent(3). Démiurge redoutable, médium devinant les secrets, préoccupations et aspirations de chaque jeune créateur, il bouscule habilement continents, langues, cultures et religions pour nous trouver des affinités avec nos pairs du monde entier : les poètes de la revue Souffles, la beat generation, les jeunes poètes contestataires soviétiques, etc. Nous primes enfin des photographies ensemble dont une où figure Skif qui illustrera un article de Sénac paru dans Afrique-Asie(4).  

Hamid Skif devait partager les dernières années de la vie de Sénac, entre Oran, Alger et d’autres villes où ils animèrent quelques récitals poétiques dont la mémorable semaine culturelle de Constantine (avril 1972), où se rencontraient, pour la première fois depuis l’indépendance, des poètes d’expressions française et arabe, avec la publication d’une fameuse «Résolution»(5) cooptant Skif comme représentant des poètes de l’ouest du pays. A Oran, Skif était correspondant de l’APS et, avec Sénac, ils étaient souvent reçus chez Sariza Cohen, sépharade dont la «Chanson murmurée» (en arabe) était l’indicatif final de l’émission radio de Sénac «Poésie sur tous les fronts». Ils y réalisèrent ensemble deux numéros : le premier consacré au Théâtre de la Mer, avec Kaddour Naïm (metteur en scène brechtien) et Skif (prodigieux comédien amateur), tous deux membres fondateurs de la section oranaise de la troupe consacrée par une pièce à la thématique récurrente, «La situation de la femme en Algérie» (la section d’Alger devait être reprise par Kateb Yacine avec le succès que l’on sait).
La seconde émission portait sur la poésie chinoise (révolution culturelle oblige !) où Skif lut des vers de mirliton du président Mao, à l’époque très populaire dans les milieux tiers-mondistes.
A  Alger, les deux amis fréquentaient assidûment le domicile de Nathalie Garrigues-Jossé, amie commune vivant en Algérie depuis l’âge de trois mois. Ils y rêvaient joyeusement de socialisme égalitaire (la révolution agraire, à laquelle ils croyaient beaucoup, débutait). A la parution de l’anthologie, Youcef Sebti et
Hamid Skif devinrent vite célèbres du fait de leurs textes «subversifs», le premier avec Nuit de noces, le second avec Chanson pédagogique couscous, tous deux sur l’asservissement de la femme, grande obsession juvénile de l’époque. Ces écrits furent repris dans maints journaux dont Le Monde, quelques études dont celle du poète Bachir Hadj Ali(6), voire des ouvrages de référence sur l’Algérie comme celui du franc-maçon Bruno Etienne, Algérie, culture et révolution (Paris, Seuil, 1977). Soulignons que l’anthologie de Sénac est restée longtemps l’unique corpus de connaissance de la poésie que ne rivalisèrent que tardivement celles de Jean Déjeux et de Tahat Djaout(7).

Après l’assassinat de Sénac, nous fûmes tous inquiétés, particulièrement Skif : un crime politique était dans tous les esprits, alors que c’était une affaire crapuleuse. Le groupe se dispersa. Nous nous sommes perdus de vue, mais j’ai continué à suivre les actions des uns et des autres. Skif ne semblait reconnaissable que par ses textes d’adolescence attardée mais révoltée, comme d’usage, alors que son œuvre se diversifiait en pionnier. Journaliste, outre ses écrits anonymes à l’APS, il signait Mohamed Benmebkhout (son patronyme à l’état-civil) des articles plus audacieux dans La République d’Oran, d’un ton plus libre que les autres journaux de l’époque. Il a été ainsi le premier à évoquer la poésie tunisienne des deux langues(8), en un temps où le Maghreb littéraire était méconnu (l’école ne reproduisit que le fameux poème du Tunisien Echabi), pas plus que celui des Etats et des peuples. Skif a été également le premier à élaborer, en 1979, une anthologie en langue espagnole(9) des poètes algériens, anciens et nouveaux. Cependant, il n’oublia pas sa création.

A partir de 1980, Skif se rapproche du Centre de documentation des sciences humaines (université d’Oran) dirigé par le sociologue féru de littérature,
Abdelkader Djeghloul (1945-2010). Ils organisent ensemble la seconde rencontre des poètes arabophones et francophones en 1981, Skif ayant fait la passerelle. Au bilan de l’organisme, dépourvu de moyens mais au militantisme culturel inimaginable aujourd’hui (la poésie n’a jamais eu les faveurs de la bureaucratie), figure le tirage ronéotypé de nombreux recueils et d’un premier Dictionnaire des poètes algériens (1982) où presque tous les anciens du «sénacle» disposent d’une notice, avec de nouveaux talentueux (Djaout,
Tibouchi) et d’illustres aînés (Bachir Hadj-Ali, Nabil Farès). Ses textes disséminés dans la presse de France et du Maghreb, Skif les regroupe et publie ses premiers recueils de poèmes et de nouvelles, Poèmes d’El Asnam et d’autres lieux (1982) et Nouvelles de la maison du silence (1984). Ces deux titres furent refusés par «Dame SNED» (dixit Skif) qui importait tous les livres, sauf les auteurs algériens qu’elle publiait rarement par ailleurs !
Sa restructuration en 1983 – à l’instar de tant d’entreprises publiques – a permis à Skif de publier, en 1986, ses deux recueils chez son héritière, l’Enal, entrée officielle dans le monde des lettres pour celui qui y résidait déjà par effraction-infraction. Malgré un registre assagi par rapport à ses premières poésies, et une réflexion audacieuse sur l’acte d’écrire, les deux ouvrages en question passèrent inaperçus : pas une seule réception-critique ! Jean Déjeux, (qui retient Skif dans son Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française - Paris, Ed. Karthala, 1984), les recense dans sa chronique annuelle de L’Annuaire de l’Afrique du Nord -1986 et ses innombrables bibliographies, mais ne les appréciera que plus tard comme «un ton neuf dans la jeune littérature algérienne». En 1990, si Charles Bonn retient toujours ses textes ravageurs de prime jeunesse dans son Anthologie de la littérature algérienne (1950-1987), (Paris, Livre de poche), Christiane Achour est la première à commenter positivement les deux ouvrages de Skif dans sa fameuse Anthologie de la littérature algérienne de langue française, co-éditée par Bordas (Paris) et Enap (Alger) dans une collection «Francophonie», mot à l’époque banni du discours officiel. 
             
En septembre 1983, nous nous retrouvâmes à Marseille pour les Rencontres internationales Jean Sénac. Skif n’intervient pas, mais anime une séance poético-littéraire dans une librairie, avec tout le capital-expérience acquis, dix ans auparavant, aux soirées poétiques de la salle El Mougar d’Alger. Je me souviens surtout de notre discussion avec le sympathique écrivain oranais, Emmanuel Roblès (1914-1995), nous éblouissant par sa faconde et sa culture. Il nous parla de l’influence sensible des poètes de l’Andalousie heureuse (musulmane) dans l’écriture des poètes espagnols anti-franquistes, de l’œuvre en ce sens de l’arabisant Emilio Garcia-Gomez, qu’à notre grande honte, nous ne connaissions pas, alors qu’il avait influencé fortement Sénac. Hamid et moi, nous passâmes une nuit à l’hôtel du nom de la poétesse, la fameuse Comtesse de Noailles, réinventant la poésie, notre jeunesse et ses épisodes de la cave-vigie du Poète : énergies prodigieuses, poitrines à l’assaut du monde, murmurant des mots de puissance que nous envisagions écrire un jour. Ce soir-là, Skif s’était plaint amèrement de la censure éditoriale au pays. Quant à la presse nationale, elle ne pouvait accueillir les textes littéraires d’un anticonformiste notoire.

A compter des années 1990, période de bouleversements, j’ai perdu de vue Skif qui quitta l’APS pour le journalisme indépendant. Je ne peux citer cette période que j’ignore, de même que son rôle dans l’Association des journalistes algériens. Sur ces derniers, il a écrit un rigoureux réquisitoire doublé d’un plaidoyer De la misère des journalistes au Maghreb (Le Monde, 20 juin 2005). Mais j’ai suivi sa carrière littéraire. Il innova en publiant sur Internet des livres entiers chez un éditeur à la dénomination aussi ésotérique,
«00h00», que ses titres : Citrouille fêlée, dit Amar fils de mulet (1998), La Princesse et la citrouille (2000) et La Rouille sur les paupières (2000). Une réception journalistique mitigée accueillit ces œuvres. En 1997, l’année de son exil, grâce au Pen-Club international, il s’installe en Allemagne. Le titre de son livre paru cette année-là est significatif et constitue à la fois un bilan et un programme, Poèmes de l’adieu (Marseille, Autre-temps, 1997).

A compter des années 2000, Skif trouva l’édition algéroise attentive à sa création. D’abord, Dar El Hikma, avec qui un malentendu, plus qu’un contentieux, est né pour les droits d’auteur du roman épistolier Monsieur le Président (2002) ; Apic ensuite, chez qui il réédite ou publie : Les Exilés du matin, poèmes, suivis de Lettres d’absence (2006), La Géographie du danger (2007), roman pour lequel l’auteur a obtenu, en 2006, (sa première édition chez Naïve, Paris) le Prix de l'Association des écrivains de langue française et, enfin, Les Escaliers du ciel (2010). Animateur culturel exceptionnel et craignant toujours la censure, Skif semble s'être tenu à l'écart de «Djazaïr, une année de l’Algérie en France» et «Alger, capitale de la culture arabe» alors qu’il y était annoncé. Mais il ne rata point le second Festival panafricain en 2009.

Côté poésie, nous continuâmes, tous deux, à figurer dans quelques anthologies, dans l’optique de cette pléiade de poètes mis en évidence par Sénac, mais qui ne sont plus jeunes, le gras ayant conquis le corps et le cœur, ou plus là ! Je lui ai exprimé mon aide et mon affection quand, en 2009, il s’est investi dans l’année Abdelkader Guermaz, hommage à l’artiste peintre algérien oublié. Je ne l’ai point aperçu quand il était revenu au printemps dernier à Alger, le présenter à la librairie Noûn, enseigne qui me rappelle un recueil de Sénac édité par Gallimard en 1968, Diwân du Noûn, du nom de cette lettre arabe, élevée au rang de symbole polysémique. L’image des deux poètes est là : allant, fougue, naïveté intelligence, rires. Elle ne cesse de me hanter et, à chaque fois que je pense à Hamid Skif, je me rappelle – coïncidences significatives, selon Jung) – le maître du Noûn.               


-(1) Paris, Ed. Saint-Germain-des-Prés, 1971. Coll. Poésie 1, n° 14, dont les livres coûtaient au début 1 franc.
-(2) «Echabab», Alger, n°7, janvier 1971 et n° 10, février 1971.
-(3) Le Monde, Paris, 2 avril 1971 et Afrique Asie, Paris, n° 43, 21 juin 1971.
-(4) Afrique Asie, Ibid.
-(5) Rédigé par Sénac, traduit en arabe in An Nasr, Constantine, 25 avril 1972 ; repris en français in «Présence francophone», Sherbrooke (Québec), n°8, 1975.
-(6) In «Europe», Paris, n° 567-568, juillet-août 1976, spécial littérature algérienne. pp. 116-129.
-(7) Respectivement Paris, Editions Saint-Germain-des-Prés, 1981 et Alger, OPU, 1984.
-(8) «La poésie tunisienne : engagement d'hier et d'aujourd'hui», Révolution Africaine, Alger, n°431, 26 mai 1972. 
-(9) «Pais de larga pena» (Pays de longue peine), Malaga, 1979.

Hamid Nacer-Khodja

dimanche, mars 20, 2011

246 - La main étrangère ou le pied du dictateur ? par Kamel Daoud


La main étrangère ? Oui pour la main étrangère. Elle n'est pas celle que l'on croit finalement. Il n'y a pas plus étranger pour un pays arabe que son propre dictateur. C'est le dictateur qui vole le pétrole pour faire manger ses enfants. C'est le dictateur qui vend le territoire en morceaux choisis. C'est le dictateur qui tue pour l'argent, loue les mercenaires, prend les puits et les femmes et le bétail. C'est le dictateur qui bombarde, tire dans le tas et massacre et torture. Qu'on ne nous répète plus donc que les Occidentaux sont là pour nous voler le pétrole et intervenir pour leurs intérêts. Ils sont dans leurs logiques et selon les appétits de leur nationalité. A la fin, ils sont moins étrangers à nous que nos propres monstres. La main étrangère s'avère moins meurtrière que le pied du dictateur local. La Libye ? Oui pour l'intervention étrangère: c'est le seul moyen de déraciner le mal et c'est devenu trop facile de parler de complot étranger, assis chacun devant sa télé pendant que les Libyens meurent en vrac et dans le cri. Il n'y pas pire complot que celui des nôtres contre nous. Pas pire guerre que celle menée par les nôtres contre les nôtres. Pas pire trahison que la fraude des élections, la répression et le doublage du son par la propagande ou la falsification des dernières paroles des martyrs. L'Occident est marchand, le dictateur est assassin. C'est donc trop facile de hurler contre l'intervention occidentale quand le compte à rebours se fait avec des vies et des morts. Il n'y pas plus de place pour le caprice de la souveraineté quand le pays n'existe même pas et qu'il est une propriété privée. Débat sur la «main étrangère» ? C'est déjà trop tard. Il s'agit de sauver des vies avant de soliloquer sur le périmètre actif du drapeau. Personne n'a autant écrasé la souveraineté, vendu autant la terre et ses sous-sols, corrompu autant les peuples et fait autant de mal à l'indépendance que les régimes arabes. D'ailleurs, certains pays n'ont plus le droit de fêter l'indépendance depuis des décennies. Cela devrait être interdit sur une liste internationale de bienséance. Le pétrole ? Il sert à qui, à quoi s'il coule du Puits au Palais ? La terre ? Elle sert à quoi si on ne peut pas y marcher librement et la rendre infinie comme le ciel ? Le drapeau ? Que veut-il dire quand le Dictateur peut le remplacer par son costume du jour ? L'indépendance ? Elle remonte à quand pour la dernière fois ?

 A refaire donc. Tout est à refaire. Car il fallait voir l'un des ministres du Rat de Tripoli expliquer avant-hier que « son pays » respecte l'ONU et ses décisions, qu'il va respecter les droits de l'homme, la liberté et amorcer le Dialogue. Quand a-t-il dit ça ? Pas lorsque le peuple a parlé ou que des hommes sont morts, ou que des ambassadeurs ont démissionné, ou que des gens sont sortis dans les rues. Non. Il a dit ça, quelques heures après le vote de l'ONU et la menace réelle des avions de la coalition. Voilà ce que vaut la souveraineté aux yeux de ces gens et quel sens ils ont de la dignité. Voilà de quoi ils ont peur et voilà le seul langage qu'ils comprennent : celui de leurs Maîtres et de la force qui va frapper et de l'annonce de la bombe. Que des millions des leurs leur demandent un peu d'air ne signifie pas plus rien pour leur empire et leur insolence. Qu'un seul ancien Colon leur envoie un avion et voilà qu'ils s'écrasent comme des semelles. Cela rappelle le geste d'un des Califes de Bagdad à l'époque des Abbassides, menacé par des envahisseurs Mongols: «Je vous envoie ces sandales avec mon nom imprimé sous la semelle en signe de bonne foi», a écrit le Calife au Conquérant. Anecdote vraie.
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La main étrangère ou le pied du dictateur ? par Kamel Daoud
In: Le Quotidien d'Oran, ce jour dimanche 20 mars 2011

samedi, mars 19, 2011

245 - Hachakoum

Nous n’étions pas loin du milieu des années 1950. Le ciel s’assombrissait sur les douars de mes ancêtres, chaque année un peu plus depuis des décennies. Les plus jeunes, les plus robustes, les plus fiers des hommes de nos tribus, ne revinrent pas de la Grande guerre. La terre des Béni-Rached ne donnait presque plus, ses entrailles souffraient le martyre et Dieu avait mes aïeux à l’œil. « Le quatorzième siècle (Quarn Rbataach) arrive à grands pas » souriait mon grand-père, goguenard, à près de cent ans de vie agitée, bientôt passée. Mais une malédiction brutale s’est abattue sur les miens, sans attendre le siècle de tous les malheurs, le siècle Quatorze. Mon grand-père, dans son dénuement extrême, souriait toutefois. Il disait que la vie renaissait meilleure et plus belle après les cataclysmes. Toute sa vie pourtant fut forgée dans la catastrophe ou une douleur, une douleur indicible mais permanente. Celle de ne pouvoir être soi, librement. Mais il souriait « Quarn Rbataach arrive ». La fin d’un monde prédisait-il, pas la fin du monde comme croient les innocents et les ignorants. Il était impitoyable mon grand-père.

A la fin de l’été de cette année-là, un terrible tremblement de terre ravagea la sous-préfecture d’Orléansville et sa région. Plusieurs milliers de vies humaines se brisèrent brusquement ou cessèrent, des dizaines de villages furent emportés, Béni-Rached le premier. Toutes sortes d’épidémies se propagèrent alors. La chaleur exceptionnelle du sirocco qui suivit anachroniquement, fit aussi de nombreuses victimes. Dans ma famille, et probablement dans bien d’autres, une autre catastrophe pointait cette année-là, elle s’ajouta aux premières ; la naissance d’une fille. Dans ma famille, mon père, mon grand-père, mes oncles, mais aussi ma grand-mère et mes tantes et le gourbi tout entier attendaient que ma mère accouchât de nouveau d’un garçon, pour jeter un sort définitif à toutes les malédictions. Ce fut moi, désespérément. J’étais la première d’une fratrie de cinq. Et cela fut insupportable aux mâles.
Lorsqu’un garçon naît, on rameute traditionnellement tous les hommes du village d’un côté et toutes les femmes du village de l’autre. Il n’en fut rien pour ma naissance. Les hommes déguerpirent dès l’annonce de ma venue. Ils prétextèrent sans rougir du mensonge, que l’environnement et la situation de la nation interdisaient toute fête. Les colons, le tremblement, le sirocco, la misère… Et moi. Les calamités s’entassaient sur d’autres calamités. Ma mère pleurait souvent. Cette fois-là elle pleura plus longtemps encore parce qu’on lui reprochait d’avoir choisi de faire naître une fille, dans le silence et la cachoterie, et cela fut pire que tout. Aucune de ses tentatives d’explication ne trouva grâce ou d’échos, pas même et surtout pas auprès de mon père. Ma mère pleurait aussi parce que c’était l’occasion d’aller vivre quelques temps chez ses parents, une occasion ratée. Mon père, de honte, refusa tout déplacement. Honte d’avoir eu une fille et honte d’avoir à affronter le beau-père (mon grand-père maternel) devant son épouse (ma mère) qui ne le méritait plus, lui l’homme, chef de famille, honte de présenter à ce beau-père (mon grand-père maternel) son petit enfant, une fille (moi), hachakoum, que tous deux n’ont jamais espéré. 
Longtemps j’ai eu honte d’être née fille, longtemps j’en ai voulu à ma mère. Puis, longtemps j’en ai voulu aux hommes du monde entier.

Nous n’étions pas loin du milieu des années 1950. C’était l’année du sirocco, l’année des malédictions, l’année de l’espoir. Aujourd’hui, soixante ans plus tard, ma rancœur s’est beaucoup atténuée. Elle a même disparu. Aujourd’hui je comprends mieux. Les pesanteurs sociales, comme les oppressions, peuvent mener un peuple à sa ruine, ou, par des chemins inattendus, déclencher un sursaut pour le fédérer vers le meilleur ou le moins pire.


Dans ces années-là, la nation était anéantie, détruite, avant même la guerre de libération. Qui arriva. Nécessairement. En 1962, après cent trente ans de colonisation, quatre-vingt-dix pour cent (90%) des algériens ne savaient ni lire ni écrire. L’analphabétisme était extrêmement lourd et les pesanteurs sociales d’un âge ancien, perduraient encore. Elles arrangeaient le dit colonialisme
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Samedi 19 Mars 2011. Un séisme de magnitude neuf ébranla la côte est du Japon, au nord de Honshu, ce 11 mars 2011. Il est suivi d’un puissant tsunami et d’un accident nucléaire. On dénombre des milliers de morts.

dimanche, mars 13, 2011

244 - Censored dream


  Certains des mots qu’utilise Katia durant notre conversation téléphonique sont flous, presque inaudibles. Je comprends « rendez-vous », j’entends aussi « à la maison, chez toi ». Puis elle se dresse devant moi, dans le salon. C’est bien la première fois qu’elle vient dans mon appartement. Elle trouve le lieu bien accueillant, mais le bahut très imposant et trop vieux, comme l’horloge à balancier. La conversation est très courtoise. Katia utilise des termes inhabituels dont la précision et la pertinence m’étonnent. Elle me demande à boire, puis s’allonge sur le canapé en cuir sans me demander l’autorisation, tournant le dos au monde. Elle agite mollement trois doigts pour me signifier de la rejoindre. Elle se tourne un moment vers moi, puis reprend sa position. Le salon est plongé dans un doux et vague clair-obscur. Sa voix et ses mouvements sont gracieux. « La lumière de la télé suffit amplement » dit-elle. Son français est impeccable. Curieusement, je ne m’en étonne pas. Avec la même voix sans accent, elle demande que je diminue le son de l’appareil. Elle trouve le salon sympathique et accueillant, mais le bahut n’est pas à son goût. Trop vieux dit-elle, comme l’horloge. De nouveau elle balaie l’air de son bras et dit « viens ». Je baisse le son de l’appareil et m’approche d’elle. Katia se retourne encore. Je saisis timidement le bras gauche qu’elle me tend. Lentement, encouragé par le clignement de son œil et l’expression de sa bouche, je me laisse glisser à son côté. Difficilement. J’ose à peine la frôler. Elle doit entendre mon souffle irrégulier. Cette fois elle me tourne le dos. Sa main tâtonne. Elle trouve la mienne, la saisit (censored). Le canapé ne tiendra pas. Ses ressorts peu indulgents cognent contre mon épaule, mes côtes. Elle répète que le bahut n’est pas élégant, pas moderne. Elle dit aussi que l’horloge est vieille. Je pose deux ou cinq baisers sur son cou, sous le lobe de son oreille. (censored) Et le poème fuse « Vertigineuse douceur ! /A travers ces lèvres nouvelles, /Plus éclatantes et plus belles, /T’infuser mon venin, ma sœur ! » (censored) Elle m’enlace très fortement et nous demeurons ainsi une éternité. Je frôle l’origine du monde, Je suis à deux doigts de m’y désintégrer, exploser, décomposer, lorsque l’intrusion incompréhensible de ma famille (Véro, Miou et Didi) met un terme au manège. C’est Apocalypse now. Ils fixent sur moi, moi seul, leur regard noir qu’ils accompagnent d’un gros doigt pointé, tout autant accusateur qu’un triple zéro que ma maîtresse de classe élémentaire m’administrait, devant une trentaine de paires d’yeux ravis. Apocalypse now. Les hélicos. Les pales. Les bourdonnements. Des Vietnamiens courent sans avenir. Des fillettes nues hurlent, hurlent. Et eux, tous les trois, sont là devant moi, fixant ma conscience comme on fixerait le diable en personne, et Katia pendant ce temps crie « change ton armoire, jette cette horloge, c’est trop vieux ! » Où est-elle ? Où sont-ils ? Je me suis relevé en sursaut et j’ai couru vers la salle de bains. Cinq heures du mat. Le traversin est demeuré coincé entre mes orteils durant un long moment. La couverture en gros dé, gisait, inerte sur le sol, formant comme une congère attendant son heure. J’avais l’air d’un pantin. Bouffon. Arlequin. Mal de chien à la tête. J’ai décidé que je n’irai pas travailler. J’ai inventé une maladie inopinée pour calmer la secrétaire. J’étais épuisé. Et fichtrement déçu toute la journée. Je l’entends encore la Katia : « c’est bien chez toi, mais ta grosse armoire est trop vielle, comme l’horloge ; jette-les, mais jette-les ! »

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Hier soir le maire m'a remis ça, lors d'une très sympathique soirée, devant deux-cents personnes, dédiée aux "réussites". 




 
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jeudi, mars 10, 2011

243- Rencontre avec le plasticien Jean-Pierre ENOC

La librairie Le grenier d’abondance de Salon a reçu ce mercredi 09 mars le peintre Jean-Pierre ENOC qui se sent « plus dessinateur que peintre ». Ses peintures montrent crûment l’angoisse, le mal-être. JP Enoc dit être influencé par Louis Pons.


dimanche, mars 06, 2011

242 - Au fin fond des NWT ou TNO si le coeur vous dit.



video
Allez, chiche?? Chiche ! !

REGARDEZ !

Faut pas rêver 26 août 2010
Magazine présenté par Patricia Loison

- Le Grand Ouest canadien
- Les irréductibles du Grand Lac
des esclaves
Dans la baie de Yellowknife, une communauté a élu domicile sur le Grand Lac des esclaves, gelé cinq mois de l’année.
- La folie Locavore
Les pionniers de DAWSON

Le Yukon est une terre de prédilection pour solitaires endurcis, amoureux de la nature, attirés et fascinés par les grands espaces.
Certains ont fait le choix de quitter le confort des villes pour se confronter à l’isolement, aux animaux sauvages, à la tranquillité déroutante d’une petite ville au milieu de nulle part.

Dawson : 1 600 âmes, des bars et un décor de Far West, une ambiance surannée digne de la Ruée vers l’or. Ici, on vient toujours prospecter des pépites comme autrefois, mais on vient aussi y rechercher de l’introspection… Les habitants de Dawson comptent de plus en plus de ces « nouveaux pionniers », en quête d’absolu, et qui découvrent parfois une réalité bien plus difficile qu’ils l’imaginaient.
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http://fautpasrever.france3.fr/?page=destination&destination=35&article=236&content=1
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samedi, mars 05, 2011

241 - Une sensation instantanée dans un moment furtif, lointain.

Il y avait dans la cour du numéro 8 de la rue du docteur Strauss, à Oran, en ce jour de juin 1958, mon ami José et sa sœur Joëlle. Les parents de José et de Joëlle étaient ce jour-là absents. Mon ami me demanda de venir chez lui jouer au tour de France avec des capsules de bouteilles, des platicos disions-nous, « viens je suis seul ». Joëlle a préféré rester jouer à la marelle dans la cour.
Il y avait dans leur appartement toutes sortes d’objets qui m’étaient familiers, mais il y avait autant d’autres objets qui m’étaient complètement étrangers. Ainsi une tirelire, un poste télé, mais surtout ce tire-bouchon posé sur la table, m’intriguait. C’était la première fois que je voyais cet objet. 
 

Aussitôt je le pris entre mes mains et instinctivement le mis sous le nez. Aujourd’hui encore il me revient cette odeur de vinaigre mêlée aux senteurs des sous-bois qu’exhalait le bouchon de liège traversé par une queue de cochon métallique. Près du tire-bouchon il y avait une bouteille en verre de couleur verte. J’ai difficilement lu l’étiquette : « Seneclauze ». Il y avait aussi un verre posé entre le vin et le tire-bouchon, un verre encore mouillé, je veux dire qu’il n’était pas tout à fait vide. Son contenu était rouge. Je savais qu’il ne nous était pas autorisé. Nous, c'est-à-dire ma famille et moi. Je savais que c’était du vin, ce qu’il en restait. J’en avais entendu parler mais il n’y en avait jamais eu à la maison. Délicatement, après avoir pris la précaution de la discrétion, je posais deux doigts tremblants au fond de l’interdit puis les portais ensuite contre mes lèvres. J’ai reconnu aussitôt l’odeur du bouchon mais beaucoup plus épaisse, beaucoup plus repoussante.
J’ai aussitôt craché, essuyé plusieurs fois les doigts contre mon pantalon et, avec le revers de mon pull, essuyé la langue, les lèvres, la bouche, jusqu’à avaler quelques fibres du pull. Tout cela pour me défaire de ce goût si étranger, si désagréable alors.

Il y avait par-dessus tout, dans la maison de mon ami José, une odeur particulière de renfermé, une combinaison d’odeurs étrangères à l’intérieur de ma maison, des odeurs faites de saucisson, de morue séchée, le Bakalao, et de parfums abondants mélangés. Il n’y avait pas de canun, ni brasero, ni d’encens mais des odeurs froides. Parfois elles me prenaient à la gorge et j’avais honte à la place de mon ami. Une odeur insupportable. Je me souviens lui avoir menti ce jour-là, « je dois partir, sinon ma mère va me chercher ». Je sus plus tard qu’il s’agissait de camembert bien fait qu’on posait nu dans une assiette, sur le vaisselier. Nous n’avons pas joué aux platicos.

240 - Maïssa BEY à Salon de Provence

En partenariat avec La Marelle/ Des auteurs aux lecteurs, la librairie Le grenier d’abondance  (38, rue Moutin 13300 Salon de Provence) a reçu ce mardi 02 mars Maïssa Bey pour échanger à propos notamment de son dernier roman « Puisque mon cœur est mort ». [Editions de l'Aube]. La rencontre était animée par Pascal Jourdana.



Maïssa Bey est aussi intervenue le jeudi à la Médiathèque de Port de Bouc et hier 4 mars 2011 à la Médiathèque Louis-Aragon – Martigues 


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"Aïda, algérienne, divorcée, quarante-huit ans, est maintenant orpheline de son fils, assassiné. Pour ne pas perdre la raison, elle lui écrit dans des cahiers d’écolier. À travers ce dialogue solitaire, peu à peu elle avance, inexorable, vers son destin.
“Me couler dans le moule. Sourire quand j’avais envie de pleurer, me taire quand j’avais envie de crier. Mais c’était un autre temps. Le temps où le soleil éclairait encore le monde. Maintenant, je ne veux plus faire semblant. Que m’importent l’opprobre, l’exclusion. Je n’ai plus rien à perdre puisque j’ai tout perdu. Puisque mon cœur est mort.”"

Nous étions une trentaine à nous serrer dans la librairie Le grenier d’abondance. Maïssa Bey a lu des extraits de son dernier roman. « J’ai commencé à écrire ce livre parce que j’étais en colère »



En aparté, je lui répète ce que je lui avais déjà dit il y a plusieurs mois à Mouans Sartoux (octobre dernier), à savoir que j’avais acheté ce roman dès avril, à sa sortie, mais lorsque je me suis rendu compte qu’il traitait d’une « disparition » (en fait il s’agit d’un assassinat ) j’ai décidé de ne pas le lire. Car j’avais entamé au même moment (en février 2010) un roman qui porte sur une disparition (mais pas du même type, je ne peux en parler ici aujourd’hui. J’y suis encore).




Sur la dernière page du roman de Maïssa j'ai écrit ceci:




Nous avons achevé la soirée dans un restaurant sympathique de Salon, avec Jordana, une collaboratrice, la libraire, M. Bey et moi.