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vendredi, août 26, 2011

280 - Ritournelle de la faim

En ces nuits et aubes de ramadhan finissant, et fort à propos, je me suis plongé dans Ritournelle de la faim de Jean-Marie Gustave Le Clézio. (Gallimard, 2008, 207 pages.), dédié à son épouse Jemia la berbère. Peu de temps après sa publication, l’auteur recevait le prix Nobel de littérature.
Le roman, fort poignant, est influencé par la vie même de l’auteur qui écrit : « J'ai écrit cette histoire en mémoire d'une jeune fille qui fut malgré elle une héroïne à vingt ans » : Nous le soupçonnons de faire référence à sa propre mère.
Nous sommes dans les années trente. Voilà une famille aisée, originaire de l’île Maurice, qui vit dans l’opulence à Paris. Il y a les parents de la toute jeune Ethel, Alexandre et Justine qui ne s’entendent pas et dont les disputes marqueront Ethel. Il y a aussi les oncles et les tantes, et des amis. Mais il y a surtout monsieur Soliman, le grand-oncle aimé. Sauf ce dernier, qui se met volontairement à l’écart, tout ce beau monde se voit chaque semaine, vivant dans un monde fermé. Ils passent leur temps à fustiger les classes populaires, les juifs, les métèques. Pas la mère, peu le père.
Le temps passant, le grand-oncle Soliman meurt en léguant tous ses biens à la jeune Ethel qui n’en profitera pas, car sa famille les dilapidera. La rancœur de la jeune fille est grande.
Les bruits de bottes radicaliseront les positions des uns et des autres. Racistes pour les uns, indifférents pour les autres. Ethel est hors d’elle. La rencontre avec une jeune fille d’origine russe la rendra heureuse un temps. Les parents financièrement défaits décident de s’exiler à Nice. La faim rôde. Plus tard Ethel rencontre un jeune résistant Anglais. Ils se marieront et partiront vivre au Canada.
Le style de l’auteur ne change pas. D’une grande justesse, d’une grande clarté, d’une grande finesse. Il nous fait aimer Ethel, apprécier ses résistances, ses angoisses, ses rancœurs.

jeudi, août 25, 2011

279 - "Rue Darwin" (Alger) de Boualem SANSAL

Je découvre, à peine rentré de vacances, le nouveau roman de Boualem Sansal "Rue Darwin" (je l'attendais pour mi-septembre). L'entretien dans l'Express (ci-bas) se veut polémique. Je préfère l'émouvant témoignage de Boualem Sansal lors de l'émission de France Culture (ci-bas). Quant au livre, je viens de l'acheter aujourd'hui même. J'en ferai une recension.
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videoFrance Culture 19 août 2011 "Les bonnes feuilles"

Dans Rue Darwin, le romancier algérien brosse le formidable portrait d'une famille et d'un pays aux prises avec la fureur des hommes. Rencontre avec un esprit libre.
Fin juin, dans les merveilleux jardins de Gallimard, Boualem Sansal s'offre un moment de répit. L'occasion, avant de repartir dans sa ville de Boumerdès, en Algérie, d'évoquer Rue Darwin, son sixième et beau roman, peuplé de personnages étonnants qui traversent un demi-siècle d'histoire algérienne, peut-être le plus difficile à écrire. "Je suis très lié à cette histoire de famille, avoue l'auteur du Serment des barbares, alors comment raconter cela sans violer la vie des autres, sans les trahir ? C'est le genre de livre où l'on peut avoir tout faux ou tomber dans l'exhibitionnisme." Après avoir longtemps tergiversé, Boualem Sansal s'est enfin lancé, trois mois après la mort de sa mère. Tout commence là, d'ailleurs : une fratrie dispersée aux quatre coins du monde réunie autour du cercueil de la mère. 



C'est Yazid dit Yaz, l'aîné, qui l'a veillée jusqu'à ses derniers jours, qui est resté au pays alors que les siens fuyaient les guerres et la misère algériennes. Yaz ou Boualem ? "Il me ressemble beaucoup, en effet. Comme moi, il a vécu, enfant, dans les années 1950-1960, rue Darwin [à 100 mètres de la maison de Camus], à Belcourt, quartier populaire d'Alger. Comme moi, au fur et à mesure qu'il grandissait, il ne savait plus qui était qui, quels étaient ses frères, qui était sa mère..." Quel destin que celui de Yaz, tiraillé entre une grand-mère richissime auprès de qui il vit dans une espèce de phalanstère et deux mères qui "l'exfiltrent" à l'âge de 8 ans vers Alger ! Retour, en compagnie du courageux Sansal, sur une vie - et un pays - hors du commun.  
 
La Djéda, l'extraordinaire grand-mère, maquerelle de haut vol à la tête d'un empire, a-t-elle réellement existé ? 
Oui, mon père était son fils, ou plutôt le fils de sa soeur ou d'une cousine... Lalla Sadia était la chef du clan des Kadri, une femme très puissante, qui avait des biens partout - dont de nombreuses maisons de tolérance - en Tunisie, au Maroc, en France. Elle était très possessive, personne ne lui résistait, elle gouvernait son monde comme Saddam Hussein gouvernait l'Irak. Habile, elle a su naviguer à travers tous les régimes : l'administration française, puis le FLN et, à l'indépendance, elle est devenue une héroïne. Alors que l'Algérie est en faillite, Ben Bella lance une grande opération de solidarité nationale. Tout le monde y va de son écot, la Djéda, elle, donne des quintaux d'or. Du coup, elle a l'honneur de recevoir à déjeuner le président Ben Bella et Nasser, alors en visite en Algérie. Tout cela est passé au journal télévisé. Même sa mort fut homérique : elle a fini assassinée dans des conditions obscures... 

Vous écrivez : "Le temps des femmes était venu." C'est une formule ? 
Non. Quand je fouille mon histoire, je ne vois que des femmes, Djéda, Faiza, Farroudja, Karima... Dans nos milieux traditionnels, les hommes et les femmes échangeaient peu, appartenaient à deux univers disjoints. Elles, elles étaient en conciliabule permanent, savaient plein de choses mystérieuses, leur monde était compliqué, actif. Tandis que les hommes n'étaient que des ombres. Depuis, je suis resté sur cette impression de la vacuité des hommes. Ils m'ont toujours paru falots, inutiles. A part s'asseoir, prendre du café, manger, dormir, que font-ils ? 
 
Vous fustigez l'islam et ses imams. Cette phobie vient de loin ? 
Mon premier contact avec la religion date de la mort de mon père, tué dans un accident de voiture alors que je n'ai que 5 ans. Les mystiques errants qui sont venus veiller son corps m'ont effrayé. Cela m'est resté. La religion me paraît très dangereuse par son côté brutal, totalitaire. L'islam est devenu une loi terrifiante, qui n'édicte que des interdits, bannit le doute, et dont les zélateurs sont de plus en plus violents. Il faudrait qu'il retrouve sa spiritualité, sa force première. Il faut libérer, décoloniser, socialiser l'islam. 
 
Votre grand regret, dites-vous, est d'avoir trop longtemps fui devant l'islamisme, d'être resté silencieux... 
La doctrine voulait que l'on se soit libéré du colonialisme par le sabre de l'islam. Pour cette raison et parce que c'était la religion de nos parents, on n'a jamais osé débattre de l'islam. C'était sacré, comme la révolution. 
De nombreuses guerres nourrissent votre récit. On y entend notamment Boumediene, en 1973, lors d'un discours hallucinant, déclarer : "Plus il y a de morts, plus la victoire est belle." Fiction ou réalité ?  
C'est du mot à mot ! Et, quand j'ai entendu l'autre jour Kadhafi tenir à peu près le même discours, j'en ai eu la chair de poule, je me suis revu, dans cette caserne des environs d'Alger, devant Boumediene nous parlant de la "soif de sang de la terre arabe". Finalement, j'ai l'impression d'avoir passé toute ma vie à parler de guerre. Cela ne s'arrête jamais.  
 
Vous allez recevoir en octobre, lors de la Foire du livre de Francfort, le prestigieux prix de la Paix des libraires allemands. Cela vous ravit-il et vous protège-t-il ?  
C'est un grand honneur, en effet ; les seuls francophones à l'avoir reçu sont Assia Djebar et Jorge Semprun... Un tel prix protège, bien sûr, comme la notoriété de manière générale. Tant que je serai sous les feux de la rampe, je serai épargné. Les journaux francophones le sont eux aussi, qui traitent Bouteflika de nabot, de nain, de voyou. En fait, cela me met mal à l'aise, car tout cela cautionne le discours du régime sur la démocratie. Cela arrange le pouvoir, qui ne craint vraiment que les émeutes populaires.  
 
Justement, comment expliquez-vous l'"apathie" algérienne ?  
Il y a plusieurs raisons. D'abord, les Algériens ont tenté leur révolution en 1988 et l'ont ratée. On reste sur cet échec cuisant qui a causé 200 000 morts, une guerre civile, un pays détruit, dispersé, atomisé. Le régime algérien a écrabouillé les révoltés jusqu'au dernier et, en guise de démocratie, a donné le FIS, les islamistes. Par ailleurs, le régime, qui est immensément riche, avec plus de 150 milliards de réserves de change placés dans le monde, a ouvert les vannes de l'importation. Ainsi, on trouve de tout en abondance, et, dès que les syndicats haussent la voix, les salariés sont augmentés. Enfin, la répression est très forte. Les quelque 1 000 à 2 000 personnes qui manifestaient le samedi sur la place du 1er-Mai à Alger étaient encerclées par 35 000 policiers au centre de la ville, tandis qu'autant de forces armées bloquaient toutes les entrées d'Alger. 
 
Vos ouvrages sont-ils censurés ? 
Presque tous mes livres, oui, notamment Poste restante : Alger et Le Village de l'Allemand. Ce dernier a été très mal perçu par la presse, qui s'est indignée : comment oser dire qu'un nazi a participé à la révolution ? Qu'est-il allé se mêler de la Shoah alors que les Palestiniens subissent la même chose aujourd'hui ? Je ne m'attendais pas à cette offensive systématique, aux accusations les plus invraisemblables. Personne ne m'a soutenu. Ma femme, qui est professeur, a été quasi obligée de démissionner. Moi, c'est en 2003 que j'ai été limogé du ministère de l'Industrie en raison de mes déclarations contre Bouteflika et le régime. 
 
Tout cela ne vous a pas poussé à partir ? 
Tous les matins ! Tous les matins, je me dis : "C'est fini, je suis fatigué, la vie est trop dure." J'ai eu des opportunités extraordinaires, mais je n'osais laisser ma mère seule. Partir est un bienfait, on sort du théâtre de la guerre, on entre dans une vie normale, mais, après la phase de joie, vient la culpabilité puis arrive le rejet. L'émigré s'emporte : "Sortez de votre fatalisme, battez-vous !" Certains, enfin, reviennent au pays et deviennent plus algériens que les Algériens, plus musulmans que les musulmans, donnant des leçons à ceux qui n'ont pas bougé ! Finalement, aujourd'hui, je pense que c'est aux hommes du pouvoir de partir. On a trop cédé, il ne faut plus céder. 
 
In:
http://www.lexpress.fr/culture/livre/boualem-sansal-il-faut-liberer-l-islam_1023226.htm
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Boualem Sansal, Rue Darwin, édition Gallimard 2011
Boualem Sansal est un drôle de type. Cela écrit avec respect et admiration. Voilà un gars aux allures placides qui vous dégomme n’importe qui et n’importe quoi qui aurait l’outrecuidance de lui asticoter le stylo.
Un être doux, en apparence, qui manie une langue de félin : si, par malheur, vous tombez dans ses pattes, il n’aura de cesse de vous éreinter, de jouer avec vous, jusqu’à vous renverser cul par-dessus tête, jusqu’à vous épuiser, vous laisser exsangue. Dans ses romans il malmène, avec brio et non sans raisons, les nationalistes autoproclamés gardiens du peuple, les imans de tous poils cerbères des âmes et de l’au-delà, les idéologues bonimenteurs et quelque autre engeance de malheur. Cet homme de 62 années, révélé à la littérature grâce aux services postaux a réussi, en l’espace de douze années, depuis Le Serment des barbares, à s’imposer comme l’un des écrivains algériens avec qui il faut compter.
Drôle de type, oui ! D’autant plus que dans Rue Darwin, on apprend qu’il aurait pu finir grand manitou d’un clan interlope, maitre des destinés et des âmes de ses ouailles, homme d’influence et de pouvoir, responsable tyrannique de la bonne marche des affaires et… maquereau devant l’Eternel. Rien moins !
Voilà l’histoire incroyable, ici racontée, par Boualem Sansal. Ce récit où fiction et histoire personnelle s’entrelacent s’ouvre dans un hôpital parisien où, avant de claboter, la mère de Yazid, le narrateur, invite son gamin à retourner Rue Darwin, du côté de Belcourt, le quartier populaire d’Alger qui renferme quelques vieux souvenirs et autant de secrets. "Le temps de déterrer les morts et de les regarder en face était bien arrivé…". Comme le temps de faire sauter le verrou "de la barrière mentale".
Commence alors le récit de la vie de Yazid sur fond d’histoire algérienne, une vie faite de plusieurs vies mais dont il ne connaît que des bribes, des bribes qui se bousculent, se repoussent, se rejettent et se détruisent les unes les autres. "Je refusais la vérité, elle ressemblait tellement à un mensonge. Il est temps alors que le mensonge redevienne la vérité."
Dans le bled algérien, du côté de Bordj Dakir, Yazid fut secrètement adopté par Djéda, la grande dame qui a fait prospérer les petites et louches affaires du clan des Kadri en Algérie, au Maroc mais aussi dans la France du Maréchal. Le rejeton devient son petit-fils, le fils déclaré devant la loi et les hommes de Karima l’épouse de Kader, le fils de Djéda. L’héritier putatif, celui à qui échoira, un jour, les rênes de l’entreprise familiale.
Mais voilà, très tôt, Yazid apprend par la jeune Faïza - "Toujours, Faïza aura été pour moi celle par qui la vérité arrive" - qu’il n’est pas le fils de son père, ni de sa mère… il est, comme tous les gamins du lieu, un pupille, un moutard de La Citadelle, "la plus grande maison de tolérance de France et de Navarre".
Une femme, Ferroudja, organisera son évasion pour remettre le petit à Karima, chassée du côté d’Alger à la mort de son mari. A huit ans, Yazid débarque dans la capitale en août 1957, en pleine Bataille d’Alger. La double histoire, la double vie s’amorce alors, la double amputation aussi. "J’ai dû me demander qui j’étais, d’où je venais, et quel mauvais sort m’attendait. Quelles autres questions ? J’étais l’enfant du néant et de la tromperie, je devais me sentir bien seul et triste. Et écrasé par la honte, comme je l’ai été tout au long de ma vie". Yazid a fait l’amnésique : "En refusant ma vérité, en niant une partie de moi sans accepter clairement l’autre, je me suis enfermé dans l’ambiguïté, j’ai fini par n’être rien, un être trouble et inconsistant sans avenir parce que sans passé et coupé de son présent."
Rue Darwin sonne l’heure de remonter le temps, de démêler le nœud des origines, de discerner les traces du vrai dans le faux et du faux dans le vrai, d’interroger les méandres des identités. Dans ce texte dense et feuillu, l’enquête de Yazid mêle à l’histoire de son pays l’expérience de la diaspora algérienne. Les frères et sœurs de Yazid, réunis autour de leur mère alitée, incarnent une fratrie mondialisée. Il y a là Karim (le Marseillais), Nazim (homme d’affaires à Paris), Souad (l’universitaire américaine,) et Mounia (consultante en communication au Canada). Seul manque Hédi, le cadet. Enfant de "la Matrice", entendre l’école algérienne, il serait occupé au Waziristân, à repeindre le monde aux couleurs d’un l’islam maculé d’un vert sanguinolent.
De l’Algérie, Boualem Sansal dresse un tableau sans indulgence : après avoir été colonisée, la société algérienne est ici militarisée, emprisonnée, martyrisée, paupérisée, bureaucratisée, fatiguée, trabendisée, sinisée, islamisée, alzheimerisée, embobinée, pigeonnée, mystifiée, arabisée, moudjahidinisée… A l’image de la rue Darwin, le pays est devenu "un autre monde, voilà tout".
La verve torrentielle de Boualem Sansal continue son entreprise salutaire de désacralisation. Dans ce roman où les femmes occupent la première place, tout y passe : l’histoire nationale, la religion, les nationalistes, Boumediene, la guerre d’indépendance... Sansal n’hésite pas à se retrousser les manches et à mettre les pieds dans le plat. Avec au cœur la question de l’identité algérienne : "je n’ignore pas seulement mes origines, qui est mon père et qui est ma mère, qui sont mes frères et mes sœurs, mais aussi quel monde est ma terre et quel véritable histoire a nourri mon esprit."

Mustapha Harzoune, le 06/10/2011 In : http://www.histoire-immigration.fr/magazine/2011/10/rue-darwin
 

dimanche, août 21, 2011

278 - Des éclairs de Jean Echenoz


Je viens d’achever « Des éclairs » de Jean Echnoz (175 pages, Les éditions de Minuit, septembre 2010).
Echenoz part d’une réalité, celle de Nicolas Tesla (1856-1943), un ingénieur chercheur américain d’origine Serbe. Il a déposé des centaines de brevets, dont la plupart lui ont été volés (y compris par Thomas Edison). Tesla est extrêmement célèbre aux Etats-Unis, alors qu’il est inconnu en France. Igor (ou Tesla) est un grand inventeur qui s’est fait complètement déposséder. Il a inventé le radar, les rayons X, les missiles, la radio… Igor ne s’est jamais occupé d’argent, qui est la seule chose qu’il ne compte pas. Car Igor est un compteur. Il compte tout : les fourchettes et les serviettes sur les tables, les rues, les étages, les gens… Et les idées d’invention lui viennent. Il y travaille au fur et à mesure qu’elles lui arrivent, ce qui fait que souvent il passe d’une idée à une autre sans jamais ou presque aboutir. Il les abandonne et d’autres chercheurs, peu scrupuleux arrivent et les transforment en réalité et deviennent très riches (Marconi, Edison…) « Il ne socialise pas ce qu’il pense » dit Echenoz sur France-Inter (30/09/2010).
C’est la troisième « biographie romancée » (termes que n’aime pas Echenoz) de l’écrivain après : Ravel (Maurice Ravel), Courir (Emile Zatopek).
L’écriture empreinte pas mal à l’humour. C’est croustillant. Echenoz en profite pour régler magnifiquement leurs comptes aux pigeons (les pigeons de ville) qu’il déteste, en prenant parfois le lecteur à témoin : « le pigeon couard, fourbe, sale, fade, sot, veule, vide, vil, vain. Jamais émouvant, profondément inaffectif, le pigeon minable et sa voix stupide. Son vol de crécelle. Son regard sourd. Son picotage absurde. Son occiput décérébré qu’agite un navrant va-et-vient. Sa honteuse indécision, sa sexualité désolante. Sa vocation parasitique, son absence d’ambition, son inutilité crasse. » Où diable sont passés les verbes ? Il continue « Incomparable au moineau qui détient du charme, au merle qui sait donner de la voix, au corbeau qui n’est pas sans classe, à la pie qui possède un style, pire que le charognard qui a au moins un but dans la vie, aussi sensuel qu’un rat, aussi racé qu’un taon, moins élégant qu’un ver, encore plus con que le catoblépas. » Ô povre…

mardi, août 16, 2011

277 - Exit le fantôme


Premier livre de la rentrée que j’ouvre, Exit le fantôme de Philip Roth. Pour tout dire, je le reprends une nouvelle fois. J’avais commencé à le lire il y a quelques mois, puis je ne sais pour quelle raison, je l’ai mis de côté, pour un autre certainement. Hier je l’ai repris. Quel plaisir de retrouver dans cette autofiction l’humour fin de l’auteur, je dirais dérision ou autodérision, selon qu’on pense que le narrateur est l’alter ego ou non de Roth. Un vrai plaisir. Tout y passe, la santé, la vieillesse, la société de consommation, l’insignifiance des chroniqueurs littéraires qui ne s’intéressent pas à l’écriture, mais à ce qui a autour. 
Au journal Le Monde qui lui demandait si on vivait « la fin de l’ère littéraire » P.Roth a cette réponse : « Oui, je pense que, désormais, les gens qui lisent et écrivent sont une survivance, presque des fantômes. Certes, il y a encore quelques personnes qui lisent vraiment, mais elles sont rares. Lire ce n’est pas acheter des livres et tourner les pages. Lire demande une très singulière concentration. Alors il est plus facile de renoncer et de s’amuser avec tous les gadgets technologiques qui existent aujourd’hui, toutes les distractions auxquelles on peut avoir accès sur son ordinateur, son iPhone, etc. »
Voici un extrait du livre :
« J’entrais dans l’appartement, un appartement étroit aux pièces en enfilade dont les deux pièces intérieures – un bureau et, derrière une ouverture en arc de cercle, une cuisine– n’avaient pas de fenêtre. Sur le devant, au dessus de la circulation de la Première Avenue et du restaurant, il y avait un petit living avec deux fenêtres grillagées et à l’arrière une pièce encore plus petite avec une seule fenêtre grillagée, la pièce elle-même ne pouvant contenir qu’une table de nuit et un lit étroit. Trois fenêtres. Dans la maison campagnarde de Lonoff dans les Berkshires, il devait y en avoir deux douzaines qu’on n’avait jamais besoin de verrouiller.
La chambre donnait sur une colonne d’aération et, en bas, sur une petite ruelle où l’on remisait les poubelles du restaurant. Des toilettes, découvris-je, se trouvaient dans une pièce de la taille d’un placard de l’autre côté d’une porte près de l’évier de la cuisine. Une petite baignoire juchée sur des pattes d’aigle était posée dans la cuisine, encastrée entre le réfrigérateur et la cuisinière. Comme le devant de l’appartement était bruyant à cause des bus, des camions et des voitures qui fonçaient sur la Première Avenue et que l’arrière de l’appartement était bruyant à cause du vacarme incessant de la cuisine du restaurant dont la porte restait ouverte toute l’année pour la ventilation, Amy nous emmena nous asseoir dans le calme relatif de son bureau sombre, au milieu des piles de papiers et de livres qui encombraient les étagères le long des murs et s’entassaient au pied de la table de cuisine en Formica qui faisait office de bureau. La lampe posée sur le bureau fournissait le seul éclairage de la pièce. C’était une bouteille haute et large, brunâtre, semi-transparente, pourvue d’un fil électrique relié à une ampoule  et surmontée d’un abat-jour plissé comme un éventail et ayant la forme d’un grand chapeau de soleil. Je l’avais vue pour la dernière fois quarante-huit ans plus tôt. »
(Philip ROTH - Exit le fantôme- ed Gallimard 2009, 327 pages)
Bonne lecture
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lundi, août 08, 2011

276 - Montréal, fin de parcours.

Nous voilà à Montréal. Nous tombons littéralement de fatigue. Jugez : un voyage de près de 80 heures non stop assis dans un autocar, de Yellowknife à Montréal. ayant nécessité 9 chauffeurs et plusieurs autocars et près de 4000 km de route, jour et nuit. 


Heureusement, les arrêts furent nombreux, dans des stations Greyhound ou bien dans d’autres lieux, tous proposant un magasin d’alimentation, des buffets chauds ou non, une salle d’eau…


Nous avons fait le même parcours que « la petite mosquée des inuits », mais dans l’autre sens. Nous avons traversé Entreprise (et non Hay River comme prévu, c’est là qu’était arrivée la mosquée avant d’être mise sur barge, sur le Mackenzie jusqu’à Inuvik), High Level première ville de l’Alberta, Hotchkiss, Slave Lake, Edmonton la capitale (grande cité, avec un arrêt d’une heure), puis Saskatoon, la capitale du Saskatchewan, Sheho, Yorkton, Winnipeg capitale du Manitoba (là aussi il y eut un important arrêt). C’est de cette ville où elle a été construite, que « la mosquée d’Inuvik » a commencé son périple vers le grand nord.) Puis nous avons traversé Vermillon Bay et Thunder Bay qui donne sur le Lake supérior, lac frontière avec l’état du Minnesota aux Etats-Unis, pays dont nous apercevrons quelques formes lorsque nous atteindrons Sault Sainte-Marie, elle-même ville frontière qui fait quasiment jonction entre les trois grands lacs-frontières, à savoir le premier nommé, Le Lac Michigan et le Lac Huron. Puis nous faisons une halte (avec changement de chauffeur, le 8°) à Sudbury, toujours dans le Manitoba.



Nous avons quitté le navire pour faire une halte de plusieurs heures à Ottawa, j'ai visité de nouveau des lieux connus il y a quelques années. Ottawa se lève difficilement le dimanche. Le marché By est peu animé.


Cela me rappelle le quartier Malesherbes dans le 17° à Paris. Il y a 30 ans j'y habitais, et souvent le condamnais pour son trop grand calme...
Arrivé à Montréal j’ai appelé NB, « tu sais avec le ramadan… ». Je ne la dérange pas plus. Nous faisons quelques achats sur la rue Sainte Catherine mouillée comme toutes les autres, nous assistons à des chants et danses indiennes.

Le soir nous nous offrons un bon restaurant … bougies s’il vous plaît ! Demain est une autre histoire; Paris, Marseille... qui recommencera ou commencera.

mercredi, août 03, 2011

275 - Départ de Yellowknife


Ce matin nous nous préparons pour quitter Yellowknife en direction du sud. Le temps est au clair. Voici trois photos prises cette nuit.



A minuit 05



A 03 h 29 (début du jeun)





Il va être bientôt l'heure de quitter YELLOWKNIFE. Merci YK. Magnifique.

video video


Voici deux photos prises ce soir, juste avant notre départ.


Alors que la rupture du jeun s'est faite (officiellement) à 21h28 ! Quelque chose ne tourne pas rond.

mardi, août 02, 2011

274 - Il pleut sur YK comme il pleure...

Pas beau le temps. Je crois l'avoir écrit. Mais enfin et bon sang de bon soir, nous ne sommes que le début d'août ! Est-ce ainsi à YK en août? Voyez donc: 

Hier soir lundi 01 à 22h39 (06h39 du mardi)



Hier toujours lundi à 23h13 (07h13 de mardi à Marseille)

Ce jour de mardi 02 août à 13h06 (21h06 à Marseille)



Ce soir à 20h49



Plus tard, à 22h26 au moment même où le soleil se couche, alors que le repas a été pris (à 21h28 officiellement - selon la mosquée- alors que le soleil était encore là).




Tard dans la nuit à 23 h 18



lundi, août 01, 2011

273 - Pas beau le temps

Le temps est exécrable. Il est midi 15 et j'ai l'impression qu'il est 7 heures du matin. Ma parole c'est l'hiver qui a brusquement fracturé l'été sans crier gare. Hier encore (du moins il y a quelques jours il faisait 30° et la clarté rayonnait quasiment 24 heures sur 24. Étonnant . Je me réveille étourdi de ne savoir comment gérer cette première journée de jeun. Hier j'ai découvert qu'il y avait une mosquée à Yellowknife. J'ai tourné et questionné, tourné encore et questionné de nouveau pour enfin la trouver. "It's a trailer" m'avaient averti mes interlocuteurs. Ok mais il m'a fallu un bon quart d'heure pour trouver cette caravane, en fait un bungalow, une sorte de mobile-home comme il y en a des milliers ici qui font office de maisons (je parlais de camps américains dans un précédent post. C'est ça.

Une maison d'un camp de Skikda ou de Bethioua (Oran, Arzew) à Yellowknife. Bref La mosquée était closed et la pluie faisait rage. J'ai baissé les bras et suis entré. J'ai plus tard appelé le numéro figurant sur la façade de la mosquée. L'enregistreur fut "sorry me dit-il, la mosquée is closed" ce que je confirme.


    Vue du salon

Bref ce matin je me réveille et tourne en rond et le temps toujours aussi bad. 
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21h17. La rupture du jeun est à 21h30. Durant la journée j'ai tourné un peu au gré du vent (absent) mental. A gauche, à droite. Tuer le temps diraient certains. Inutile même d'y penser. Le temps n'existe pas. Il est dans nos têtes. Alors, pour tuer le temps dans ma tête je tourne, tourne...



 A la mosquée où je suis retourné on m'a remis un calendrier des heures de prières et donc des heures de Ramadan. Elles concernent Edmonton, mais le gars m'a confirmé que c'étaient bien ces horaires qu'ils appliquaient pour Yellowknife. Il semblerait (internet) qu'il y ait une Fetwa concernant ces questions d'horaires dans les territoires du nord, ici et dans les pays nordiques en général. Il est question puisque le soleil parfois ne se couche jamais, d'appliquer les horaires des régions les plus proches où il se couche... (ténue la chose)...
 Quant à la mosquée d'Inuvik, ils n'en ont que vaguement entendu parlé...