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mardi, janvier 28, 2014

425- Une bouffée d'air chaud: Marseille - Béni Abbès et Un thé à El-Ouata


La statue de la Gloire- Place du 1° novembre 1954 (ex: Place d'Armes)


Il nous prend parfois des envies urgentes, des nécessités. Elles se fraient un chemin, plus facilement en périodes de voeux et de grandes résolutions, c'est à dire en fin d'année, et finissent par s'imposer. Ainsi je fus amené, pressé de toutes parts par les dites envies et nécessités, à plier bagages. Voiles toutes dehors, direction le grand sud. En fait de voiles dehors ce furent d'abord les ailes d'un avion,  
puis celles d'un wagon de train, des taxis, beaucoup de taxis, collectifs (jamai) et classiques (mais toujours à 2;3 ou 4). 

Et me voilà assis à l'ombre d'un palmier (au soleil il faisait entre 18 et 23 degrés). Mais avant le grand sud, ce fut Alger et son MAMA (le musée moderne) et ses bars, la Kabylie (Azul fellak) et les neiges de Tikjda et ses bars, encore plus nombreux qu'à Alger. Dans le grand sud, ce fut sécheresse ou boisson maltée "Halal Luxembourg" (si, si je vous jure)...

Je reviendrai plus tard et dans le détail sur ce mini périple (de cinq semaines tout de même), lorsque j'aurai rejoint mes pénates, dans une petite quinzaine.... Voici un avant-goût. Nous sommes ici dans Béni Abbes, bien au sud de Béchar. L'hôtel est une construction de Fernand Pouillon. Il m'a renvoyé à des souvenirs de jeunesse (avec C..., on était bien jeunes et courageux). Magnifique... avec sa Khaima et sa piscine (sèche...) à deux mètres (disons 75) de gigantesques et splendides dunes. A Béni Abbès j'ai rencontré des gens formidables. Ici un monsieur qui contemplait le monde...






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Alors voilà. Tout avait commencé comme commencent  les belles histoires racontées dans les livres ou dans les films ou dans ce que vous voulez : un ou plusieurs  personnages, un ou des lieux dans un temps donné et puis les situations saupoudrées avec plus ou moins de bonheur, de hasard et de nécessité, d’ingrédients, d’accommodements ou autres assaisonnements, nécessaires à la composition générale.
Tout avait commencé aux pieds de l’aéroport de Marseille Provence, un matin brumeux et froid de la première semaine de janvier.  C. ne pouvait rester plus que les 20 minutes du parking offertes. Cafétéria, enregistrement des bagages, contrôle douanier, boutiques free taxes… puis embarquement et vol…. Une heure trente plus tard Oran, la belle Oran (de loin) tendait ses bras encore plus grands aux touristes et revenants, ses enfants de toujours. Elle a changé le nom de sa façade d’accueil. Il ne s’agit plus de l’aéroport d’« Oran Es-Sénia », mais « Ahmed Ben-Bella ». Nous sommes peu nombreux. Et les formalités fortement assouplies, « non monsieur vous n’avez pas à renseigner la déclaration d’importation de devises, si vous avez moins de 500 euros sur vous ».  En trente minutes nous sommes dans le parc à voitures. Z et S m’attendent. La famille toujours…  Elle sera ma priorité obligée durant ces premiers jours. Je prends le Tram (40 Dinars- 150 DA= 1 Euro)



- qui l’eut crû ?- non que je prenne le tram ou qu’il soit si peu cher non, mais QU’ENFIN notre belle (de loin) El-Bahia possède un tramway. Le tram a déjà circulé dans Oran, dan le vieil Oran, mais c’était durant la période coloniale, c’était en 1900… Et puis, ce n’était pas pour nous. Nous, c’est-à-dire nos grands-parents n’étaient que des silhouettes loqueteuses, justes supportées et encore.
Mon ami B.S est là. Quelques verres au Titanic où nous abordons malgré tout (malgré le nom) quelques projets…










 Nous rendons visite à un jeune sclupteur. Il travaille pour une association qui se trouve non loin de la Cinémathèque...



Quelques jours plus tard nous prenons le train pour Alger. Lui ses affaires, moi le temps à bien gaspiller. Il fait très beau.

Bien sûr le musée d’art moderne figure parmi mes priorités. Je n'oublie pas d'y "jeter un oeil" . Belle architecture, mais il est plutôt vide d'expositions (une ou deux...)
Il est planté au sein des anciennes Galeries.

J’en ai un souvenir intact (on disait à l’époque, à tord ou à raison, qu’elles appartenaient à un cacique du régime dictatorial d’alors, en l’occurrence Bouteflika, le président actuel. Horreur du noir passé.
Le réceptionniste de l'hôtel  


m’explique : « tu descends jusqu’à Tifourah, la gare routière, c’est derrière, c’est pas loin. Un km. Tu prends direction Kharrouba. Là il y a une grand gare routière. Tu prends le car pour Tizi-Ouzou ».
Mon ami L. m’attends à Tizi-Ouzou. Nous allons entamer et achever une grande virée dans la grande Kabylie.


Elle s’étalera de Tizi-Ouzou à Azazga, puis à Beni-Yenni,  Aïn-el-Hammam (là-bas on dit encore hélas « Michelet » pour ne pas dire en arabe « La source du bain ») De Beni-Yenni nous avons pris la route en direction de Tikjda,
 
mais nous avons dû rebrousser chemin, la route étant entièrement bloquée par la neige.  Nous avons traversé, dans le désordre, Tirouda (un renard nous a coupé la route, nous a fixé quelques secondes, puis s’est enfui), Tazrout, Ililten.

Aux Ouadhias nous demandons après Da El-M. Nous lui laissons un mot. Qui un jour fait la connaissance de Da El-M. ne peut oublier sa gentillesse ni sa fidélité. D’ailleurs je lui rends hommage dans mon dernier roman (La folle d’Alger). Nous avons rencontré des amis des années 80 (Si S. …) Nous avons convoqué justement ces années-là, les combats difficiles et l’espoir, le grand espoir qui nous animait tous, nous n’avions de cesse de dire et faire pour que le pays emprunte les sentiers de la liberté, de la démocratie, de la tolérance…  Cet espoir, ce combat s’est, comme une rose ou une autre plante pleine d’énergie qu’on offre par ce que nous avons de bons sentiments, cette rose, cette plante s’est quelque peu asséchée. Comme nous sommes allés rendre visite au monument dédié à Lalla Fatma N’soumer.

 Mais aussi à la maison où vécut Matoub Lounès. Une ferveur impressionnante règne dans les lieux (tombe de Matoub et musée), une ferveur, à la limite de la gêne…
Très belle ballade à travers de nombreux villages de la grande Kabylie. Et quels paysages, à couper le souffle!







Dimanche 12. Nouvel an berbère. L’an 2964. Mon ami L. et son associé m’accompagne jusqu’à la gare routière de Tizi Ouzou.

Alger. J’appelle N. « Tu tombes bien, nous manifestons derrière l’Assemblée nationale ». Pas nombreux. Les journalistes présents ne diront pas un mot sur la manifestation, le sit-in. Des Parents de disparus crient leur rage à 
                                            M Bouchachi (FFS)

 l’endroit de tous ceux qui taisent la question de la disparition forcée des leurs. La presse fait partie de ceux-là. Je rencontre plusieurs membres de l’association « SOS-Disparus »,  







de la Ligue des droits de l’homme… Dans le bureau de SOS nous avons une longue discussion avec N.
                                  Ici le poème d'une mère à son fils

L'Institut français accepte le principe de l'animation d'ateliers d'écriture, mais il nous faut officialiser demande et réponse par courriel...




8 heures. Le "rapide Alger - Oran" s'ébranle.

Accueil sympathique de la part des membres de SOS-Disparus d'Oran. 
Merci à ces jeunes qui contribuent sérieusement
 à la constitution de la Vérité sur les "Disparus": ici à Oran

Ici à Alger

Se trouvent sur la rue Ben M'hidi. Nous envisageons une rencontre autour de mon roman. Je déambule dans la ville froide; Front de mer; 1er novembre;
                                                      


 La Gloire- Place du 1° Novembre 1954

Khemisti; Ben M'hidi...où je rencontre des amis de Paris et d'ici. Un verre au Titanic, puis "A la voile d'or". A l'angle du square Kaila.
Et, nécessairement je pense à la belle Malika - elle a tant électrisé et bercé d'espoir notre adolescence fiévreuse, fébrile. On l'appelait L'Espagnole puis La Brésilienne...  Elle coiffait à l'angle du Bd des Chasseurs et Khémisti.


Marché de la rue de la Bastille                                                      Eglise de la place de la grande Poste










 la place de la grande Poste 
et l'hôtel St Georges





Avec tous les enfants c'est "Mènège"... Une deux et trois tours...
Au journal La République je ne retrouve pas un vieil article au vitriol qu'on avait écrit pour dénoncer ma toute jeune émission de musique rock que j'animais à la station d'Oran 

de la RTA (Radio et télévision) au sein de la cité Perret sous la responsabilité de Allah Yerhmeh Saim El Hadj
                                                            
                                                                           Saim Hadj - merci VitaminDZ

qui lisait tout mon programme avant de le signer; donc d'accepter qu'il soit diffusé. Ou non. Un jour, d'un trait sec, il raya de la liste le nom de Johnny Halliday. Il ne m'autorisa pas à le diffuser. Johnny ne chantait que l'amour. Les auditeurs appréciaient. Je recevais de nombreux courriers encourageant, de la région, et même du Maroc. J'en était fier. Mais nous étions alors à l'ombre de l'URSS et de la dictature Boum. J'avais à peine 20 ans. Il y eut d'autres jours comme ceux-là jusqu'à ce que la station fut arabisée. On me congédia. Je n'ai jamais été rémunéré. A Alger on m'a fait tourner en rond quelques jours, quelques semaines.... J'abandonnai de guerre lasse. 20 ans !



Le 16. 
J’achète La Grotte éclatée de YAMINA MECHAKRA. 300 DA. Préfacé par Kateb Yacine. La première édition : Entreprise nationale du livre », 17,40 DA (à l’époque). La postface est de Jacqueline Arnaud, spécialiste de K. Yacine. Le cimetière le lendemain, vendredi. Du monde. Temps ensoleillé. Je tombe sur « Barbarie » un écrit (le premier probablement) de Anouar Benmalek (Anep 1986).  Radical. Où il est question des crimes commis par Israël.  200 DA.
Déambulation dans mon quartier d’enfance et d’adolescence. 


Ici il y avait une fôret
 


Méconnaissable Gambetta…
Cova Lawa 
Covca Lawa (Cova de Lagua) et 3° Canon

      La Place Fontanel. Que de culottes usées ici-même...
Les "souffres" qui nous servaient pour jouer aux pignols.
          Il n'y en a presque plus

Les stigmates de la corruption, du vandalisme et du n’importe-quoi imprègnent chaque rue, chaque bâtiment, j’allais écrire chaque personne rencontrée, croisée. Je ne l’écrirai pas. Il y a encore, Dieu merci, des hommes et des femmes honnêtes, qui portent eux des valeurs que je partage, des hommes et des femmes en exil intérieur comme nous le sommes (d’une certaine manière seulement) à l’étranger (La France de 2014 est-elle pour tous « l’Etranger ? »). 
Allors même que les patrons du pays s'abreuvent de pétro-dollars en se justifiant par "novembre 54" (la légitimité de leur pouvoir), ils poussent le peuple à se contenter des mosquées et des interdits.

Les trois mamelles. On s'abreuve à l'une ou l'autre selon qu'on est Lamda ou responsable quelconque.
 A gauche, Dieu. Au centre Les dollars (Sonatrach). A droite le "1° novembre 54" (la tour)




Les quotidiens m’ennuient. Ils se mordent la queue, n’avancent rien ou peu de nouveau.
Très globalement antiennes,  rengaines et mêmes coups donnés toujours aux uns, jamais aux autres... pas crédibles pour un kopeck.

Le Centre culturel espagnol se meurt à petit feu. L’Espagne s’en fiche comme de sa dernière rage de dent. Quelques cours d’espagnol sont proposés et que suivent nombres de jeunes filles qui y trouvent un espace de repos, de convivialité. Une sorte d’échappatoire.

  Le 67 de l'ex rue d'Arzew est d'une tristesse. Mémoire défaillante des Oranais peu reconnaissants (ou rancuniers)...
Ici vécut Camus

 21. 
Les jeunes qui tiennent le local de SOS-Disparus sont courageux et volontaires.



Et bien agréables. Discussion renouvelée sur la possibilité d’une intervention à préparer…
Je quittais la ville nouvelle de M’dina Jdida en prenant des photos  lorsque deux types m’accostent : « sécurité militaire ». Le premier est un peu plus grand que moi, 1.70 ? Le second est un colosse de près de deux mètres habillé de survêtement et tennis. Ils doivent avoir au plus 35 ans.  Polis néanmoins.« Cheikh, vous avez pris des photos dans cette zone qui est militaire. Il faut les détruire, montrez-nous ». Je dois vous dire que j’en soupe à tout va des « cheikh », « hadj », « ammo »… jusqu’au ras de la casquette (et j’en porte une bien belle et bien lourde). That’s life man. Trois photos détruites. On y voyait les murs d’enceinte des casernes, quelques militaires traversant la route… pas de quoi fouetter  un chat ou un raton-laveur.  Ils ne me demandent pas mon identité.
De nombreuses femmes noires, souvent accompagnées de leurs enfants, mendient, assises sur les trottoirs.
Leurs enfants s’approchent des passants ou parfois des automobilistes. Ceux-ci sont très dangereux. Ils sont impitoyables à bord de leurs engins, ils ne reconnaissent plus personnes. Ni personnes ni lois. Chacun dispose de son propre code de la route ! c’est fou ! c’est inimaginable…
 
                Le fameux CINTRA rénové (a-t-il gardé son âme?)

Alors ces pauvres gamins venus du sud-Sahara risquent souvent leur vie pour quelques dinars,  une bouchée de pain. Les passants passent, parfois s’arrêtent, apitoyés. Pas les automobilistes déshumanisés.


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A Saint-Eugène, au 96 bis (ou 98) de la rue de Mostaganem un pan intérieur d’immeuble 




s’est effondré. Ses habitants interpellent les autorités par un graffiti à même le mur "16 familles en danger, où sont les responsables?", pour qu’il soit accessible aux passants.

Oran s’est débarrassé de ses vendeurs ambulants arrogants et fortement idéologisés, portant kamis, tennis et longue barbes, marqueurs de leur radicalité afghane. 
 
Vous prenez le tram à l'aller, vous poussez des carrioles au retour...

 
Ils vendaient, notamment sous les arcades des parfums, muscs, khôl pour hommes et autres CD « islamiques » débitant des sourates qu’on pouvait entendre à mille lieues à la ronde. C’est fini ou provisoirement fini. Aujourd’hui les chants des CD sont plus pragmatiques évoquant les réalités des amours vécues, déçues. Aux « vendeurs islamistes » on a alloué des locaux, distribué prébendes et autres facilités en tous genres. Alors ils ont d’eux-mêmes rangé leurs ridicules « bizness » pour d’autres beaucoup plus lucratifs et pas regardant pour un sou quant à la corruption, passage obligé. Peu leur chaut ce que dit le Coran sur la corruption, le vol…



Un ami m’a demandé de photographier les bars d’Oran d’avant 80 (entendre d’avant 1980, avant la future vague d’intolérance ou de religiosité qui va ébranler les fondements de la société durant plusieurs décennies), 



ou ce qu’il en reste, ce qu’ils sont devenus. Me voilà donc à la recherche de ces lieux, des bouges ou bars mythiques : « Le Cintra », « Le Dauphin », « chez Croco », « Le Mikado », « Le Bristol », « Le Ceylan »,  

 







ex Bar Le Mikado St Eugène- (à deux pas de la Cité Perret)





« Le charlemagne », « Le Claridge », « Le Lafayette », « Le Guillaume-Tell », « Santa Lucia », « Cardinal », « Vallauris », « Criquet »… Un peu partout dans la ville, ils se comptaient par centaines.



23

L’auditorium de l’Institut français est rempli (80 personnes environ).
  
L'Institut Français (ex: Centre culturel français)



Monsieur G. Pellan directeur de l’Institut présente le programme du mois et l’invité du jour, le chroniqueur du « Quotidien d’Oran » et écrivain Kamel Daoud. K. Daoud donne quelques éléments biographiques, explique la matrice de son roman « Meursault, contre-enquête ». « L’idée de ce roman est née de la rencontre avec un journaliste de France Culture que me harcelait, ‘‘Camus est à vous ou à nous ?’’… ». Débat et dédicaces ont suivi la rencontre.

KD me dit qu’il sera au Mucem de Marseille le 22 février. « A bientôt alors ? »

(Au Mucem : « Alger-Marseille, le passé qui remonte » avec : Avec Michèle Audin, Akram Belkaïd, Kamel Daoud et Rachid Mokhtari)

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« Kamel Daoud a publié en Algérie des recueils de nouvelles et de chroniques dont Minotaure 504, (Sabine Wespieser; Paris 2011), sélectionné pour le Prix Goncourt de la nouvelle.
Il est aussi éditorialiste au journal électronique Algérie-focus et ses articles sont également publiés sur le site slate Afrique.
En octobre 2013 il sort son roman «Meursault, contre-enquête», qui s’inspire de celui d’Albert Camus L’Étranger : le narrateur est en effet le frère de «l’Arabe» tué par Mersault. »
Kamel Daoud entraîne ici le lecteur dans une mise en abyme virtuose. Il brouille les pistes, créé des effets de miroir, convoque prophètes et récits des origines, confond délibérément Meursault et Camus. » (ed Barzakh) »

In : http://www.if-algerie.com/oran/agenda-culturel/kamel-daoud

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Dans le taxi jamaï (collectif) qui m’emmène au nord, où je réside, assis à droite du chauffeur un jeune pédiatre répond aux récriminations de son voisin. Il semble n’être ni un foudre de guerre, ni un corrompu invétéré, non. Lorsque j’ajoute mon grain de sel, dans le sens du chauffeur qui dénonçait les dépassements, passe-droit et « le n’importe-quoi généralisé », le spécialiste, ne semble pas trop apprécier. Le chauffeur dépose le docteur devant le grand hôpital d’Oran-Est, en prenant un sens interdit. « Tu vois, lui dis-je, toi même tu vas à l’encontre de ce que tu dénonces ». Il répond « Mais tout le monde fait ça ici ». Le jeune spécialiste (et fils de son père, je veux dire qu’il appartient manifestement à une famille de la bourgeoisie oranaise), plutôt agacé par mes interventions dit en claquant (normalement) la portière « on est en Algérie monsieur »…

A Arzew, un restau... avec mon ami  B. K.



Vendredi 24

La gare d'Oran

Béni-Abbès. Emouvantes retrouvailles ! Que d’années passées… 


J’y arrive de Béchar par l’autocar, après le train de nuit Oran-Béchar. 


Hôtel avec clim svp....




L’autocar s’est ébranlé de la station de Béchar-Jedid à 12h30. Nous sommes une vingtaine de passagers sur la cinquantaine possible. Le thermomètre plafonnier, au-dessus du chauffeur,




indique 34°. Une demi-heure plus tard deux passagers descendent nulle part. Il n’y a rien en apparence… nulle maison, nul arbre. Que des étendues vierges plantées de poteaux électriques métalliques espacés de deux centaines de mètres environ. Des buissons épars. Ni montagne, ni plateau. Des espaces rocailleux. Sur de longues distances, à la sortie de la ville, le sol est jonché de détritus et de sacs plastiques, blancs, noirs, bleus. La nature est dominée par le sombre et l’ocre. Le ciel est d’une limpidité totale, absolue.

Les passagers sont silencieux. Ils regardent, plus ou moins attentifs, un sketch vidéo emprunté à la télé algérienne. Dans mes écouteurs le Blues (enregistré via I.Tunes) se déverse avec délice… « I need some money babe » clame John Lee Hooker « Honey I love you but I love money you know/ Your love gimme such a thrill/But it don’t take care of my bills…/ I need money… » Entre le blues et l’environnement sablonneux et désertique l’osmose et la magie opèrent. Je suis plongé dans le Colorado ou dans l’Utah durant trois minutes trente sept. De temps à autre nous croisons des véhicules, des minibus, taxis ou de particuliers. Certains sont à l’arrêt.  Des envies de respirer, de pique-niquer ou de prier. Je fixe au loin un objet, probablement un arbre, c’est un arbre, il avance à toute vitesse, perpendiculairement à notre route. Bientôt un clash ? Il ralentit, sembler fixe maintenant. Le voilà qui recule, il est loin derrière nous, nos deux courbes s’éloignent, on ne le voit plus. Effets. Béni-Abbès se pointe dès la station Naftal : 15000 habitants, 7 ksours dont le plus anciens, au sein même de la magnifique palmeraie, en cours de rénovation.


les hôtels

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Il y a deux hôtels à Béni-Abbès. De standing « honnête ». Ils sont loin des standards internationaux, mais valent le déplacement. L’hôtel Rym (étatique et récemment rénové), avec 120 chambres est une construction de Pouillon, le second, Hôtel du grand Erg est plus petit, environ une trentaine de chambres. Au premier vous paieriez 3300 DA avec petit déjeuner, au second 2900.




Cet endroit me renvoie aux toutes premières années de la décennie 80. Nous venions souvent ici.







----------- Hôtel Rym ---------



L'arcade, la coupole pour les édifices religieux, les enduits des murs d'argile (toub) façonnés à la main, de couleur sable, sont les formes traditionnelles qui ont manifestement inspiré Fernand Pouillon pour l'hôtel Rym. Construit en 1973 au pied de la grande dune de Beni-Abbès, l'hôtel bénéficie d'une vue dominante sur la palmeraie en forme de scorpion. Nul doute que la mémoire du père Charles de Foucauld, établi en 1901 à Beni-Abbès où il fonda une communauté de Petits Frères du Sacré-Coeur de Jésus selon un Règlement "monastique", n'ait aussi occupé l'esprit de Fernand Pouillon pour le dessin de certaines façades.


Beni-Abbès : 11 000 habitants, sud-ouest de l'Algérie, 1200 kilomètres d'Alger et 250 kilomètres de Bechar, en limite du Grand Erg Occidental.



In :http://fernandpouillon.com/fernand_pouillon/architecte/albums/_algerie/beni_abbes_rym



----------- Hôtel Grand Erg ---------

« Béni-Abbes sans hôtels après la destruction du "Grand Erg"

Tendance haussière en 2011. Une fois dissipés les gaz lacrymogènes, tout le monde n'a pas la même capacité face aux dégâts. Les petits investisseurs peuvent même disparaître par la faute des tensions politiques. Ici le récit d'un hôtelier de Béni Abbes victime collatérale d'un raid ciblant, au départ, la mairie de la ville. Un raid qui laisse cette ville de la Saoura sans lits d'accueil.
L'hôtel Grand Erg situé dans la daïra de Béni-Abbes dans la wilaya de Béchar a été saccagé dans la nuit du 30 janvier 2011. Un groupe de jeunes en colère contre le maire de la ville a étendu le champ de l'émeute à cet équipement non gardé. Les dégâts sont lourds. Non contents d'avoir mis le feu et tout saccagé, les émeutiers ont pillé tout ce qui se trouvait dans l'hôtel : des climatiseurs, des téléviseurs, des bureaux, de la literie, mais aussi des ordinateurs et des objets de décoration ont été chargés dans des camions, selon des témoignages.
L'hôtel Grand Erg est géré par un privé. Il était en pleine expansion depuis son ouverture en décembre 2009. Le concessionnaire du Grand Erg, Ali Sahnoun, un jeune Algérois de 41 ans, n'était pas sur les lieux au moment du raid. « Un jeune a lancé la rumeur que le maire de Béni-Abbes était associé dans l'hôtel. Cela n'a évidemment ni queue ni tête. Mais le résultat est là ».
200 touristes étrangers en cinq mois

Ali Sahnoun a pris seul tous les risques en venant tenter la grande aventure au sud. Il a abandonné le « confort » d'Alger et a pris en concession cet hôtel construit dans les années 40 par André Citroën et tombé en décrépitude depuis de longues années.
Il a rebaptisé le lieu le Grand Erg de Béni-Abbes
et s'est attaqué aux travaux de réfection: «La restauration de 20 chambres, du restaurant et du hall d'entrée m'a coûté 15 millions de DA. J'ai tout dépensé sur mes fonds propres. Aucune banque n'a accepté de financer mon investissement. Elles exigent pour tout crédit une obligation d'hypothèque. N'étant pas propriétaire des murs je ne pouvais pas présenter une hypothèque.»
Pendant les cinq mois qui suivent l'ouverture du Grand Erg, 200 touristes étrangers et 500 nationaux y séjournent. Il faut dire que les visiteurs apprécient particulièrement l'accueil chaleureux du maître des lieux et de son équipe, et la vue imprenable qu'offre la terrasse sur la plus grande palmeraie de la région.
Le wali et le ministère du Tourisme interpellés
Le jeune investisseur algérois n'a pas eu le temps d'amortir ses investissements, il comptait sur la saison du « mawlid el nabaoui », à la mi-février, qui attire beaucoup de touristes, pour faire le plein. Le raid-éclair de la nuit du 30 janvier 2011 en a décidé autrement.
Loin de se résigner à abandonner son investissement, Ali Sahnoun assure qu'il est prêt à tout recommencer. Il se bat pour obtenir les fonds nécessaires à la reconstruction de l'hôtel.
«Cette fois, j'ai clairement besoin d'une aide publique. J'ai approché le wali de Béchar pour trouver une solution au financement de la reconstruction. J'ai déjà fait mes preuves en tant qu'investisseur. J'ai effectué des travaux durant deux ans et j'ai lancé l'hôtel en respectant le cahier des charges de la concession. J'ai été victime d'un débordement auquel je suis totalement étranger et mon assurance ne me couvre qu'à 20% des préjudices subis ».
Le ministère du Tourisme est également interpellé. A Béni-Abbes, l'hôtel public Rym est fermé pour travaux. Il a été repris par l'hôtel El Djazaïr qui veut étendre son enseigne dans le pays. Il ne rouvrira qu'en 2012. Le saccage de l'hôtel Grand Erg a laissé Béni-Abbes sans lits d'accueil pour les touristes. Et un jeune investisseur sur le carreau.
In : Karima Nekka Publié dans Maghreb Emergent le 03 mars 2011
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Béni Abbès donc. Une très belle oasis.


Le Ksar de Ksiba, la station de recherches avec son musée, son laboratoire, son jardin botanique, les cafés, les dunes à n’en plus finir…. Et ses habitants, vraiment très attachants.

Ne pas rater la confrérie des Petits Frères du Sacré-Cœur fondée au début du 20° par Charles de Foucault. Voici un lien qui y fait référence: (http://www.petitsfreresevangile.com/Bulletin%2034/bulletin-34-diaire-beni-abbes.htm)

Ne pas rater non plus la piscine municipale !



La fête « Mouloud ennabawi » (naissance du Prophète) continue. 


Des groupes se produisent dans une grande salle des fêtes où les habitants viennent en nombre. videoEt beaucoup d’enfants qui ont la bougeotte chevillée au corps. C’est le « Mahrajan el medh Ennabawi »

Béni Abbès dispose d'un joli musée:
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« Le géologue franco-russe Nicolas Menchikoff (environ 1900-1992) commence ses recherches dans la région pendant les années 1920. En 1942, intervient la création du C.R.S. (Centre de recherche sahariennes) à Béni Abbès dont il devient directeur pour plusieurs années.


Le cartable de Nicolas Menchikoff




En 1946, en association avec le gouvernement général de l’Algérie, le BRP (Bureau de recherche de pétrole) crée la Société nationale de recherche et d’exploitation de pétrole en Algérie (S.N. REPAL), dont le siège est à Hydra, dans les hauts d'Alger. Avec la création de cette société, la recherche géologique débute en 1948, en association avec la CFP (Compagnie française des pétroles) dans la région de Béni Abbès, Timimoun et In-Salah mais sans aucun résultat.

En 1972, la gestion du centre de recherches sahariennes fondé par le CNRS actuel (Centre national de recherche sur les zones arides) est transmise des autorités françaises aux autorités algériennes et dépend depuis de l'Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediène (Bab Ezzouar, Alger).

In : Wikipedia



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La piscine municipale de Béni-Abbès, dans la palmeraie



A El-Marhouma (à 12 km de Béni-Abbès) il y a des vestiges rupestres, mais aucun taxi n’y va pour la simple raison que personne n’y vit. Quelques paysans cultivent quelques légumes ou fruits, mais n’y résident pas. Alors je pousse jusqu’à El Ouata (à 50 km au sud de la ville). Je dois vous dire que s’il me fallait revenir ici à Béni-Abbès, je ne prendrai surtout pas les minibus pour El-Ouata. Je dois dire que je suis tombé (à l’aller comme au retour) sur des fous au volant. Complètement inconscients. Aucun des passagers, tétanisés (comme moi) ou inconscients, n’a bronché. A El Ouata, les taxis ne semblaient pas intéressés d’aller à El Bayada (un village qui se situe à une dizaine de km de El Ouata et où l’on confectionne de jolis bijoux…) : « la route est impraticable » se défendent-ils. Peut-être…



Retour à Béni-Abbès.

Dans un magasin d’alimentation générale je demande du saucisson cacher au vendeur. Il est vendeur-caissier et patron. Il prend le saucisson, s’apprête à me servir lorsqu’entre une cliente qui lui demande aussi du « Cachir ». Il lui demande la quantité et commence à couper en me regardant peut-être pour exprimer quelque impuissance. A ce moment entre dans le magasin un type qui demande un shampooing. Le vendeur pose le couteau et sert le type. Puis il reprend la découpe du saucisson. Mais le shampooing n’agrée pas le type qui en demande un autre en précisant la marque. Le patron sert la dame qui paie et sort. Le type est servi aussi. Il paie et sort aussi. Le patron caissier se tourne alors vers moi, les yeux plissés comme ceux d’un Basset malheureux, « combien ? »… D’autres clientes entrent.



Voici des sites fort sympathiques :







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Au retour je transite par Béchar (grande ville quelconque, et pas très propre…) et Kénadsa (son nom selon Ibn Khaldoun viendrait de ses fondateurs, les Kendous.) 






Tombeau Lalla Keltoum Kenadsa

A l’entrée de la ville une dizaine d’enfants jouent dans l’ancienne mine désaffectée (là même où a travaillé le (futur) célèbre acteur Robert Lamoureux) (http://www.algeriephotopro.com/kenadza.htm)

Le Ksar de la ville est classé aux monuments historiques. Sa zaouia fut fondé par Sidi M’hammed Ben Bouziane.



La nuit entière nous l’avons passée dans le train.La gare de Béchar


Oran est égale à elle même hier comme aujourd’hui. Elle se déploie comme une folle à l’Est et au Sud en ignorant le Nord, bleu comme l’azur auquel elle tourne le dos. Camus n’avait pas tord.



Mon ami BS a réservé deux places au Méridien. Il y est donné un sympathique spectacle de jazz avec Sacha Vasandani quartet. Sacha  V. est « considéré par le New-York Times comme l’un des chanteurs les plus doués de sa génération… »
A visiter: http://www.sachalvasandani.com/
 

video

En première partie Yacine Kheddoui « jeune guitariste autodidacte ayant joué avec différents jazzmen à New-york. Il revient à Oran après un voyage en Turquie, avec un instrument gréco-turc… »





Le Crasc- http://www.crasc-dz.org/- (Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle) organise une rencontre en collaboration avec l’Institut français. Une table ronde intitulée « Les nouveaux modèles migratoires en Méditerranée ». Le patron du Crasc, Rémaoun est présent.

La rencontre est animée par Marie Poinsot, rédactrice en chef de la revue Hommes et Migrations, mon ami Aïssa Kadri professeur de sociologie à Paris VIII, Mustapha Harzoune (journaliste et membre de la revue Hommes et Migrations) et Khélifa Messamah, maître de conf. A Paris VIII (une connaissance vieille de plus de 35 ans, de l’époque de nos engagements dans ou auprès, à la périphérie ou non loin du PRS avec Krim et compagnie ! Ah Vincennes ya Vincennes !!)… Quelles conséquences ont les bouleversements socio-économiques et politiques sur les migrations autour de la Méditerranée ?





Grande virée jusqu’aux Andalouses….










Le retour au Nord s’effectue dans un ciel et vol perturbés. Perturbés comme le climat malsain au pays, à la veille des élections présidentielles, où les déclarations, certes fracassantes du leader du FLN contre le coeur du coeur du système algérien, le DRS (police politique), Amar Saadani, ont provoqué une levée de boucliers essentiellement au niveau des médias réputés proches de segments de l'armée. El-Watan a réservé 90% de ses articles et commentaires liés de près ou de loin à ces déclarations pour détruire Saadani. Aucun article sérieux n'a été écrit pour poser la question concernant la place de l'armée dans le politique en Algérie.
Pas un. Juste une meute chargée de "descendre" Saadani, comme si le quotidien avait été sommé quelque part de sonner la charge. El Watan mais aussi Liberté, Le Jeune Indépendant, Le Matin bien sûr, et consorts... Une presse "indépendante" des uns mais enchaînée à d'autres (qu'elle le désire ou non aujourd'hui), c'est un vieux deal.

A Oran, fin janvier, une pluie du tonnerre a inondé les rues... présages?


/////////////////////////////////////////////////////////////////// UN THE A EL-OUATA ///////////////////////////////////////////

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Un thé à El-Ouata 


Les derniers jours de janvier s’effilochent à leur tour, paisiblement, en lambeaux ou en débris, naturellement ou au gré du Zef ou du Chergui comme tous ceux qui les précédèrent. C’est que nous sommes dans le grand sud. A El-Ouata exactement. Latitude 29°51’50 Nord. Ici la mesure du temps est aussi crédible et simple que les instruments qui ont en charge cette énigmatique et impossible opération comme l’horloge ou même le sablier.  Le vent, les éléments et les aléas des hommes sont plus importants, parfois plus inquiétants, que l’horloge et le temps, pathétiques, qui leur sont soumis. Et le thé rouge que je sirote sous la tonnelle qu’ombragent de respectables bougainvilliers fleuris a le goût suave de l’immuabilité.

Café au lait, khobz (pain) et confiture. J’étais ce matin encore à l’hôtel du Grand Erg de Béni-Abbès, c’est-à-dire dans une sorte d’îlot, très peu nombreux ici, qui, comme ceux du monde d’en haut, mesurent les heures et les jours en permanence. Les autochtones en poufferaient de rire. « Le petit déjeuner est servi entre 7h30 et 10h15 ». Pas pour longtemps. Je me suis rendu au cœur de la ville. Mon intention était la découverte d’El-Bayada et ses réputés artisans. Le village se trouve à quelques kilomètres au sud d’El-Ouata. Devant le restaurant-café « El Aurès » trois minibus étaient à l’arrêt. Le premier faisait monter les passagers : « El-Ouata ! »


 


El-Ouata, où je me trouve à cette heure-ci, à contempler mon verre et les dunes autour, est un village qui se situe à cinquante kilomètres au sud de Béni-Abbès. Je souhaitais donc me rendre à El-Bayada, un autre village, plus petit et plus au sud encore qu’El-Ouata. « A El-Ouata tu prendras un taxi » me dit le caissier qui encaissa 80 dinars. Je ne saurais préciser l’heure du départ. Le véhicule a démarré lorsque toutes les places furent vendues. Quatre rangées de quatre sièges composent la fourgonnette asiatique, plus celle du chauffeur qui compte trois sièges, le sien compris. La rangée qui se trouve derrière le chauffeur était occupée par deux femmes dont l’une, très belle – on devine les traits fins de son visage dissimulé par un ‘ajar’ (une voilette) – tient dans ses bras un bébé silencieux, emmitouflé dans une couverture pourpre, complètement.

Lorsqu’enfin le véhicule fut complet, disais-je, il pris la route. Je me suis assis au dernier rang, sur la ligne du chauffeur. L’heure prévue fut depuis longtemps passée, mais personne ne s’en soucia. Nous avons pris la sortie de la ville par l’hôpital Mohamed Yagoub. A l’extérieur la température ne cessait de grimper. Le ciel était et demeure pur. Une traînée ridicule au loin, blanche, se lova quelque temps dans un creux de l’immensité. La route était libre. Peu de véhicules la fréquentent. Les portables ne cessèrent de vibrer, sonner, tout le long du voyage. Mélodies inconciliables. Les discussions étaient hautes. Les intimités étaient proposées aux autres passagers qui ne rouspétèrent pas, mais n’en pensaient pas moins : « et toi pourquoi tu es allée les voir ? Je t’ai déjà dit qu’il était inutile d’aller les voir ». Cherchaient-ils à dissimuler leur état émotionnel, leur angoisse ? Nous étions tous, j’en suis certain, tous, à des degrés divers, préoccupés par la conduite du chauffard qui s’imaginait à portée d’une victoire d’un rallye automobile quelconque, mais n’avons rien dit. J’ai moi-même à peine osé ces mots à mon voisin qui feignit l’indifférence : « il roule trop vite ». « Hum » fut sa seule réaction bien réfléchie. Au virage qui indiquait « Béchir » l’homme assis près du chauffeur descendit. Nous avons pris sur la droite. A un kilomètre, le village sorti de nulle part, pointa ses quelques façades ocre. Un passager descendit avec un impressionnant sac bariolé rempli d’une douzaine de baguettes de pain. Ou une vingtaine. Il ne regarda pas derrière lui, ne fit même pas de signe. Le minibus revint sur sa route. A l’embranchement qu’il avait quitté, il pris sur la droite. L’homme descendu qui était assis près du chauffeur rejoignit sa place. 


Plus loin, dix minutes plus tard, un autre village un peu plus grand apparut. Mon voisin me répondit : « Taansel ». Je le fis répéter. « Taamtel » fit-il pressé, sous son chèche, mais je n’étais point satisfait. Après vérification, sur la plaque à la sortie, je notai le nom du village : Tamtert. A l’entrée la plaque signalétique proposait deux ou trois lettres de son identité, n’autorisant pas à l’ignorant que je suis de deviner le nom du village. Mon voisin descendit, soulagé. Lui non plus ne fit pas signe. Les téléphones chantaient toujours. Trois personnes, dont une femme, racontaient dans leurs combinés des histoires qui nous encombraient certes, mais dissipèrent de nos esprits la grande préoccupation. Un villageois est monté en articulant un « Tchalem alikum » à l’assemblée. Il s’est assis près de moi, rota et remercia l’Invisible « HamdjouAlleh. » Au loin des enfants jouaient au volley dans un stade de foot neuf. L’avenue principale est bordée, de part et d’autre, de nombreux arbres. (« Entamé il y a trois années, un projet a permis à ce jour la plantation de 15000 ha en brise-vents autour des périmètres de mise en valeur des terres sahariennes, à travers les daïras de Béchar, Béni Abbès, Tamtert… Ces opérations de lutte contre la désertification ont été aussi marquées par la plantation de 150 ha d'oliviers et de près de 9000 ha d'espèces forestières adaptées aux conditions climatiques de la région… ») Un oued traverse le village. Le pont qui l’enjambe est en travaux.

De nouveau la fourgonnette ralentit, puis s’immobilisa. La belle femme au bébé, il fut silencieux, peut-être a-t-il dormi durant tout le transport, nous abandonna à l’entrée du dernier village, El-Ouata.
 Un jeune homme l’attendait qui la soulagea de son sac. Il avançait, elle le suivant. Le terminus se trouve au centre de la ville-daïra (sous-préfecture). Près du marché. « Tout le monde descend, Ham-waldjikum ». Le chauffeur d’un autre minibus m’expliqua que je ne trouverai probablement pas de transport pour El-Bayada. Le village d’artisans réputés n’est certes pas loin, à peine dix kilomètres. L’objet de mon déplacement était la découverte de El-Bayada et ses réputés artisans. Mais « la route n’est pas bonne pour nos voitures ». Au premier café je commande un thé rouge « dans un grand verre merci ».
   

D’une fourgonnette grise, un homme extrait des plantes vertes et arbres fruitiers qu’il dépose derrière, à même la chaussée. Quelques clients s’avancent, interpellent le vendeur. « Vingt-cinq dinars le grand verre. »


  La saveur de ce thé rouge je vous jure, à l’ombre des bougainvilliers, est aussi exquise que la douceur de l’éternité.

ahmedhanifi@gmail.com

El-Ouata le 26 janvier 2014, 13h10.


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