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mercredi, mai 28, 2014

439_ Frères de conviction

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Se réveiller les yeux embués, l’estomac noué et la bouche bée.
Regarder par-dessus le dernier étage de la tour ces points qui se meuvent indifférents à leur propre monde qui vont viennent Sont-ils ligotés sont-ils seulement ? Les interrogations sont-elles audibles ? Aucun son n’exprime le refus ou l’incompréhension. Le cauchemar est pourtant bien réel. Un boulevard est ouvert au centre duquel trône le spectre de l’innommable. Comment dire comment dire, sont-ils devenus fous, sommes-nous devenus amnésiques ? On vaque ça et là dans les rayons des supermarchés des années de la peste brune les yeux aveuglés et l’esprit calfeutré le soir venu. Et la mémoire vautrée dans la fange idem. Serpents entrelacés, la haine, le chauvinisme et d’autres ismes agitent leur hideuse tête venimeuse. Le nouveau métèque et le fils de l’étranger réunis, sont assignés à résidence dans les sentes noires et boueuses des barres à la marge des cités ragaillardies, mis en demeure de trembler.



Allons zenfants de la tyrannie, sachez que nous tournerons autour de vos morsures enceints de nos identités tressées, jusqu’à vous ensorceler, jusqu’à ce que l’honneur de nos aînés, notre étendard, soit réparé. Nos anciens s’appelaient Manouchian, Lévy, Mamadou ou Mohamed. Ces métèques, vermines du monde disaient les vôtres, ne réclamaient ni gloire ni larmes eux dont les vôtres ont affiché le nom sur les murs de la France fraternelle, de la France libre que vous avilissez aujourd’hui comme les vôtres hier aux temps des bonnes actions françaises, aux temps des pleutreries. Sachez que s’il pleut sur nous demain il dégouttera nécessairement beaucoup sur vous.


Marseille, 26 mai 2014
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FRANÇOIS-LUC DOYEZ 28 MAI 2014 À 14:35
L’hymne anti-FN de Benjamin Biolay

En réaction aux résultats des élections européennes, le chanteur a mis en ligne le titre «le Vol noir», inspiré du «Chant des partisans».

Pour protester contre la montée électorale du Front national, Noir Désir a écrit en 1995 Un jour en France,Saez a réagi à la présence au second tour de l’élection présidentielle de Jean-Marie Le Pen en 2002 avec Fils de France, et en 1988, les Bérurier noir chantaient «la Jeunesse emmerde le Front national» dans Porcherie. A cette liste non-exhaustive de chansons antifrontistes, il faut maintenant ajouter le Vol noir de Benjamin Biolay.
Le chanteur, qui faisait partie des soutiens de François Hollande lors de la présidentielle, a mis en ligne, mercredi, ce morceau inspiré du Chant des partisans, hymne des résistants pendant la Seconde Guerre mondiale. Le chanteur y évoque «le pays des Lumières […] qui tombe sur le cul» et épingle le personnel politique, qualifié de «menteurs professionnels».

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En 2012, Benjamin Biolay avait écrit dans son titre Vengeance: «La vengeance est un plat […] que certains mangent froid, comme Stirbois s’est mangé son cèdre». Le texte lui avait valu un communiqué du FN le qualifiant de «rebelle en peau de lapin». Le chanteur avait répliqué dans le Parisien: «Ils s’attaquent à moi parce que l’on me voit beaucoup actuellement, alors que cette phrase a déjà été mise en exergue depuis des semaines. C’est le morceau le plus expérimental de l’album, il ne passe pas à la radio, ne sera pas un hit dans les campings. Si j’avais voulu écrire une chanson anti-FN, j’aurais fait autre chose.» C’est désormais chose faite. 
In : next.liberation.fr/musique/2014/05/28
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Nouvelle claque pour le Parti socialiste, nouvelle percée pour le Front national pour ces élections européennes.

Selon les chiffres quasi définitifs du ministère de l'Intérieur, diffusés dans la nuit de dimanche à lundi, le parti de Marine Le Pen arrive en tête avec 25,01% des voix, devant l'UMP (20,79%) et loin devant le PS (13,99%). Derrière, on retrouve l'alliance UDI-Modem (9,89%), EELV (8,93%) et le Front de gauche (6,34%).

Dans un scrutin traditionnellement défouloir et marqué par une abstention massive (près de 6 Français sur dix ne se sont pas déplacés), le FN arrive en tête pour la première fois dans une élection nationale depuis sa création en 1972. En sièges, son succès est encore plus net :  le parti de Marine Le Pen multiplie par huit le nombre de ses députés européens d'une élection sur l'autre ! Sur les 74 sièges dévolus à la France au Parlement de Strasbourg, le FN en obtient en effet 24 (contre 3 en 2009), l'UMP 20 (contre 29), le PS 13 (contre 14), l'UDI-MoDem 7, EELV 6, le Front de gauche 3 et les divers gauches un seul.

www.leparisien.fr



mardi, mai 06, 2014

438_ Les disparitions forcées en Algérie: 1° émission de télé



Je crois bien que c'est la première fois qu'une télévision algérienne, Echourouk en l'occurrence (en réalité c'est une télé de droit étranger, dont la diffusion est tolérée en Algérie) aborde (de manière très indirecte) la question des disparus. La question est traitée comme si les disparus avaient quitté de leur plein gré le domicile familial.
L'émotion parcourt toute l'émission.
A aucun moment la journaliste n'aborde la question des circonstances de la disparition.
Mais "c'est toujours ça de gagné".
C'était ce dimanche soir 4 mai sur Echourouk.

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samedi, mai 03, 2014

437_ Le Blues, Oum Keltoum et moi



Le blues, Oum Keltoum et moi.

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Ne vous arrive-t-il jamais d’être pris dans la nasse de ce qu’on nomme vulgairement le cafard, d’avoir un coup de blues ? Comment y réagissez-vous ? « Cela dépend » me diriez-vous. Je suis parfaitement d’accord. Cela dépend de l’épaisseur dudit cafard, du degré de fragilité de notre état et des circonstances. Récemment, j’ai été son otage. Il m’est tombé dessus sans crier gare comme il sait bien le faire. Comme ça. Je n’ai rien demandé. Il est arrivé le blues, sans même demander mon avis. Toc, toc, « bonjour, je suis le cafard. Je viens t’accompagner un moment, pousse-toi. » Et je me suis poussé, obligé. Pas le choix. Le cafard s’est assis et m’a tenu les baskets pendant tout un après-midi. Je ne l’ai pas rejeté, je n’en avais pas les moyens. Instantanément, ça devait être son idée- car lorsque le cafard s’assoit, il ne le fait pas devant vous, devant tout le monde, non. Il est discret, il s’assoit en vous, dans votre esprit, mais ça vous le savez. Donc il m’a soufflé une idée, malgré lui. Instantanément je me suis dirigé vers ma discothèque, on dit cédéthèque aujourd’hui ? je ne sais pas. Bref j’ai pris un CD et l’ai introduit dans la fente du lecteur de CD de la chaîne hifi. En quelques secondes j’ai été projeté en arrière. Un coup de poing n’aurait pas mieux fait. 45 ou 48 ans dans le rétroviseur. Fichtre tant que ça ? Hé oui mon gars, qu’est-ce-que tu crois ? Vous verrez. Une vie c’est comme une Agera sur le Dakar ou la Highway 66, vous verrez, vous verrez, si vous n’avez pas encore la possibilité de le constater. Qu’est-ce que je disais, flûte alors ? Ah oui, je disais que j’ai mis un CD dans la chaîne à l’insu du cafard. Un CD d’Oum Keltoum. Pourquoi Oum Keltoum ? Je n’en sais rien. J’ai pris un paquet de CD, et c’est elle que je cherchais. Je ne sais pourquoi. C’est Oum Keltoum que je voulais entendre. Et la salive qui salive, amère. Al Atlal (Les pyramides). Il n’y avait rien de rationnel. Un geste. Et la voix. Un tremblement, des frissons. Et la mémoire qui s’agite, me secoue. Cocotier ou Orangina. Oran, Gambetta, avenue Gambetta, « e-Llidou ». 


En attendant le film, en attendant que la salle de cinéma se remplisse, c’est elle, Oum Keltoum, Kewkeb Echarq, l’Etoile de l’Orient, qui nous accompagne. L’agitation dans la salle enfle, mais ne peut rien contre cette voix, et quelle voix… « Aatini hourriyati atliq yadayya/ Innani outaytou Ma stabqaytou chaï’a… » Et les placeuses (oui, vous ne rêvez pas, dans ces années-là, à Oran il y avait des cinémas, beaux et propres avec des placeuses, je vous le jure) qui nous placent contre 0,20 centimes ou rien (je ne m’en souviens plus très bien à vrai dire). Et les placeuses disais-je, en blouse bleue, blanche et même rose, nous placent et nous font toujours la même recommandation. « Ne jetez rien par terre s’il vous plaît » (elles étaient très polies et très jolies). Les placeuses ne  supportent pas qu’on jette par terre les cosses de cacahuètes ou de graines de potirons, séchées et salées. Et cette voix divine, inimitable et inégalée à ce jour, « Hel raa el Hobbo soukara mithlana/ Kem Banaïna min khiyalin hawlana ».

Dès que Abdallah le projectionniste le décide, on éteint une première fois les lumières. C’est l’heure des Actualités. Le brouhaha s’estompe quelque peu. Ben-Bella ne squatte pas seul l’écran géant. Quelques retardataires se font accompagner par une placeuse et un filet de lumière en entonnoir qu’éjecte sa lampe de poche. Dix minutes et de nouveau les lumières inondent la salle. « Aaaaah ! » soupirent les impatients. C’est « Lentrac ». De nouveau l’Etoile envoûtante « Eh toi le noctambule qui s’assoupit/ Tu marmonnes ton serment et tu te réveilles/ Si une plaie se ferme/ Le souvenir en fera revivre la blessure… ». La blessure de notre insouciance. « Kewkew, kewkew, zerriâa… ». Abdallah descend en salle. Il vérifie les allées, les sièges et les strapontins en bois. Puis se place devant le guichet pour fumer une cigarette et discuter avec tel ou tel ou avec le guichetier qui demeure ouvert jusqu’à la dernière minute. Un dinar cinquante le ticket. Les lumières de nouveau s’éteignent. Et le brouhaha tombe raide avec la fin de l’entre-acte. C’est l’heure du film : « Les dix Commandements » avec Yul Brynner et Anne Baxter, ou « La flèche brisée » avec James Stewart et Jeff Chandler (ah Debrat Paget !) ou alors « La prisonnière du désert » avec John Wayne (ah Natalie Wood !) Plus on tuait d’Indiens, plus on exultait ! C’était comme ça à l’époque. On nous a toujours fait croire que les hommes les plus vilains, les plus méchants étaient les Sioux, les Comanches, les Apaches, les Iroquois, les Cheyennes… Alors évidemment, nous souhaitions, comme tous les gamins du monde, que les Indiens soient exterminés jusqu’au dernier. 


C’était la Vérité venue du Nord et qu’il nous fallait croire (comme aujourd’hui pour d’autres situations tout aussi dramatiques). Lorsque le film nous plaisait on pouvait rester pour le revoir, car c’était souvent « permanent ». Une fois je suis resté voir un film trois fois. C’était à L’Idéal sur la Place des Victoires, ou au Mogador sur l’étroite rue pentue, pas au Lido. J’ai vu trois fois « Spartacus » avec Kirk Douglas et Tony Curtis (ah Jean Simmons !) trois fois 184 minutes dans la même journée ! Nous étions heureux. Oui, nous étions heureux à quinze ans. « Wa dahakna dahka tiflayni maân/ Wa âdawna fassabaqna Dhillana ! » Sapristi de saperlipopette, et voilà que monsieur cafard s’est fait discrètement la belle. J’écoute Oum Keltoum la Diva. Mes amis, mon quartier ont disparu tandis que mon crayon va, vient, raye, ajoute, compose, triture.

A. H.
Mai 2014


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